La cruauté d’Israël est cachée par sa décentralisation
Comme un élément chimique invisible, la cruauté d’Israël s’est répandue dans le temps et dans l’espace, restant cachée parce que ses complices sont innombrables et pour la plupart anonymes.
Amira Hass
Comme un élément chimique invisible, la cruauté d’Israël s’est répandue dans le temps et dans l’espace, restant cachée parce que ses complices sont innombrables et pour la plupart anonymes.
Les soldats israéliens ont arrêté début décembre Fahamiya Khalidi dans une école de Gaza après qu’elle se soit enfuie de chez elle à cause d’un bombardement des FDI. Elle a été emmenée à la prison de Damon, où on lui a refusé la rencontre avec un avocat, et n’a été libérée qu’après un appel.
Dans quelques années, un jeune père prendra son bébé dans les bras, son premier-né et, tout d’un coup, il sera ébranlé par un souvenir : un père portant son bébé dans ses mains, à côté de lui une femme la tête couverte d’un hidjab et deux ou trois enfants, tous marchant vers le sud avec des centaines d’autres, au milieu de fragments d’asphalte, de tas de sable, dans un brouillard de poussière soulevée sur leur marche. De la fumée s’élève à une certaine distance, un drone vrombit sans cesse au-dessus d’eux, des bombes explosent l’une après l’autre.
Contrairement à d’autres zones de combat ou de catastrophe, le personnel médical des ONG dans la minuscule bande de Gaza met sa vie en danger lorsqu’il s’efforce de sauver des vies. Un employé décrit des médecins qui s’agenouillent sur le sol pour s’occuper des blessés et des milliers de personnes déplacées qui se réfugient dans les hôpitaux.
« Ce dont nous avons vraiment besoin, ce sont de bulldozers pour creuser et nous enfouir profondément dans notre terre ».
La famille de Manal choisit de rester dans un abri à Jabaliya ; la mère de Nadeem ne répond pas aux textos même lorsque les communications sont rétablies. Leurs maisons dans le nord de Gaza ont été détruites et elles savent qu’Israël a l’intention d’empêcher leur retour pour créer une zone de sécurité.
« HaBayit – Retour dans la Bande de Gaza » n’est pas une nouvelle page sur Facebook. Elle a été créée le 12 juillet 2014, cinq jours après le début de la Guerre….
Des enfants palestiniens courent pour fuir le bombardement israélien à Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, le 6 novembre 2023. (Photo: Mohammed Abed / AFP)
Même en “période ordinaire” 90% de l’eau du robinet à Gaza est non potable, et la situation s’aggrave pendant la guerre
En quelques jours, les Israéliens ont traversé ce dont les Palestiniens ont fait l’expérience de façon routinière pendant des décennies, et dont ils font encore l’expérience – incursions militaires, mort, cruauté, enfants assassinés, cadavres empilés sur la route, siège, peur, anxiété pour les êtres chers, captivité, être la cible de la vengeance, de tirs mortels aveugles sur ceux qui sont impliqués dans le combat (les soldats) et ceux qui ne le sont pas (les civils), être en position d’infériorité, destruction de bâtiments, vacances ou fêtes gâchées, faiblesse et désespoir face à des hommes armés tout-puissants, et humiliation brûlante.