Le directeur du Théâtre J de Washington a-t-il été licencié pour avoir déploré la censure sur la Palestine ?

Le Théâtre J, une compagnie de théâtre renommée de Washington DC, aurait licencié Ari Roth, son directeur artistique depuis dix sept ans, dans le cadre d’un conflit à propos de pièces abordant le sujet de la Palestine.

Selon le Wahington Jewish Week (La semaine juive de Washington), le directeur, titulaire de nombreux prix, qui est auteur dramatique et traducteur, a été « accompagné hors du bâtiment par le service de sécurité » après qu’on lui ait dit qu’il était viré.

Le journal citait un mail d’aujourd’hui (19 décembre), apparemment écrit par Roth à des amis, disant : « j’ai été convoqué ce matin par Carole Zawatsky (la directrice exécutive) à une réunion à 9h30, lors de laquelle… on m’a lu le préambule d’une lettre fixant les termes d’une séparation immédiate entre moi-même et le CCJ (centre communautaire juif) de Washington DC… J’ai jusqu’à demain matin 10h pour signer la lettre d’accord de séparation qui comporte des modalités confidentielles, y compris des indemnités de départ ».

Des informations ultérieures ont établi que Roth a refusé de signer la lettre de « démission » et qu’il a en réalité été licencié sans ménagements. Le Théâtre J n’a pas répondu à une demande de commentaire de la part de l’Intifada électronique.

Mésentente

La cause de la mésentente semble être liée au fait que Roth a mis en scène deux pièces traitant de la Palestine.

L’une d’elles, L’Admission, de l’auteur israélien Motti Lerner, est centrée sur un désaccord entre des personnages israéliens sur la question du massacre de Palestiniens en 1948 dans le village de Tantura près de Haifa.

Des sites de théâtre de Washington DC avaient déjà relaté plus tôt dans l’année, qu’une controverse était née autour du projet de mettre en scène cette pièce et qu’une production théâtrale prévue avait été ramenée à une prestation en atelier.

Roth avait souligné à l’époque que cette controverse avait produit « un véritable sentiment d’unité et de solidarité parmi les acteurs, l’auteur et le théâtre ». Le Théâtre J avait déjà donné plusieurs pièces de Lerner avant L’Admission, et on dit que Roth, co traducteur reconnu de la production de la pièce à Washington, était un ami de longue date de l’auteur.

Selon le Washington Post, le déclassement de la pièce s’est produit après que des donateurs de la maison mère du Théâtre J, le centre communautaire juif de Washington, aient menacé de retirer leurs fonds.

Les mêmes auraient aussi protesté contre le fait que le Théâtre J a donné en 2011une adaptation par une compagnie de théâtre de Tel Aviv, de la pièce de Ghassan Kanafani, Retour à Haifa.

Kanafani a été assassiné en 1973, avec sa nièce qui était adolescente, par une voiture piégée lancée à Beyrouth par le Mossad, le service secret israélien. C’était un romancier et auteur de nouvelles palestinien connu, et il était porte-parole du front Populaire de Libération de la Palestine.

L’Admission, comme Retour à Haifa a été donnée dans le cadre d’un festival du Théâtre J intitulé Voix d’un Moyen Orient en Mutation. On dit que les protestations publiques de Roth sur l’annulation des séries par le CCJ de Washington ont été utilisées à charge contre son « insubordination ».

En dépit de sa volonté de concurrencer le récit israélien convenu, Roth n’est certainement pas anti sioniste. Lors de la controverse sur L’Admission, il a dit à une publication théâtrale de Washington qu’il « réaffirmait son sionisme ».

Il a déclaré que « pour croire de nouveau en Israël », il était nécessaire de reconnaître « les choses qui s’étaient mal passées ».

« Même au cours des guerres justes, des mauvaises pratiques surviennent » a-t-il ajouté. Il a également souhaité prendre la défense de la Nakba, le nettoyage ethnique qui a conduit à la création de l’État d’Israël. Il a dit : « la bataille de 1948, ça c’était une guerre juste ».

Selon le Washington Post, Roth – qui est aussi affilié à plusieurs universités américaines et écoles de théâtre – projetait de monter un nouveau groupe théâtral appelé la Compagnie de Théâtre Mosaïque. Au vu des défis auxquels sont apparemment confrontés même les sionistes libéraux dans le théâtre étatsunien, il restera à voir quels points de vue et quelle expression la nouvelle organisation sera en mesure de mettre en scène.