L’agence de défense civile dit que les tirs israéliens ont tué 15 personnes et blessé 60 autres jeudi, portant le nombre de victimes cette semaine à plus de 100.
Des dizaines d’autres Palestiniens ont été tués ou blessés à Gaza jeudi alors qu’ils cherchaient désespérément de l’aide alimentaire indispensable, les rapports disant que les forces israéliennes proches d’un centre de distribution avaient ouvert le feu, dans le troisième incident similaire en trois jours.
Plus d’une centaine de personnes ont été signalées comme tuées depuis lundi, soit en essayant d’atteindre les centres d’aide humanitaire ou en attendant que soient arrêtés et déchargés les camions en nombre limité, que ce soit des Nations Unies ou commerciaux, entrant dans le territoire dévasté. Il y a eu environ 20 incidents analogues dans les quatre dernières semaines.
L’agence de la défense civile de Gaza a dit que les tirs israéliens ont tué 15 personnes et en ont blessé 60 autres entre la ville de Nuseirat et le centre de Gaza tôt jeudi matin alors que des milliers de personnes s’étaient réunies dans l’espoir de recevoir des rations.
De tels rapports sont difficiles à confirmer indépendamment, mais les interviews menées par le Guardian avec des témoins semblaient corroborer beaucoup de détails.
Abdullah Ahmed, 31 ans, a dit qu’il se trouvait à environ un kilomètre du site de distribution d’aide humanitaire dirigé par la « Fondation humanitaire pour Gaza » (Gaza Humanitarian Foundation, GHF), une organisation privée soutenue par les États-Unis et Israël, quand il y a eu une série d’explosions et de coups de feu à environ 2 heures du matin, heure locale.
« J’ai entendu que le site de la GHF ouvrirait le matin et je suis parti tôt de ma maison [dans la ville proche d’al-Bureij] pour obtenir de la nourriture », a-t-il dit. « Parce qu’il y a toujours beaucoup de monde, nous essayons d’être les premiers pour augmenter nos chances d’obtenir de l’aide. »
« Alors que je me dirigeais vers le centre de distribution de l’aide humanitaire, il y a eu des tirs intenses, mais intermittents, des tanks, de l’artillerie et des drones quadricoptères. Comme nous approchions du site, les tirs ont repris et des obus ont été lancés. Un obus est tombé juste à quelques mètres de moi et des éclats m’ont frappé à la poitrine, dans le cou et à la jambe. »
Abdel Fattah Younis, 20 ans, de Nuseirat, a dit que les tirs et les bombardements se sont produits quand les foules s’étaient précipitées vers le site de la GHF en croyant qu’ils avaient ouvert la distribution de l’aide.
« Nous avons avancé et nous sommes devenus totalement exposés … Tout à coup, des tirs intenses ont été dirigés contre nous …J’ai été touché une fois dans la poitrine et une autre balle s’est logée au bas de mon dos », a-t-il dit.
Dr Nasser Abu Samra, chef du service de réception des urgences à l’hôpital al-Awda, a dit avoir réceptionné neuf morts et 120 blessés dans cet incident.
L’armée israélienne a dit à l’Agence France-Presse que les troupes ont tiré « des tirs d’avertissement » vers des « suspects » approchant d’eux dans la zone Netzarim, mais qu’elle n’était « pas informée que des individus aient été blessés ».
L’incident rapporté ici s’est produit lors d’une journée particulièrement sanglante à Gaza, avec environ 60 personnes déclarées tuées dans une vague de frappes aériennes.
La nourriture est devenue extrêmement rare à Gaza depuis qu’Israël a imposé un blocus étroit sur toutes les provisions, en mars et en avril, laissant beaucoup de résidents du territoire confrontés à « un risque critique de famine ».
Depuis que le blocus a été partiellement levé le mois dernier, les Nations Unies ont essayé de faire entrer de l’aide humanitaire, mais elles ont été confrontées à des obstacles majeurs, entre autres des routes bloquées par les décombres, des restrictions militaires israéliennes, des frappes aériennes continues et une anarchie grandissante.
Les responsables de l’aide ont dit que 23 camions des Nations Unies par jour en moyenne sont entrés dans Gaza par le principal checkpoint de Kerem Shalom ces derniers jours, mais la plupart ont été « auto-distribués » par des Palestiniens affamés qui les ont arrêtés, ou ont été pillés par des gangs organisés.
Le Programme alimentaire mondial (World Food Programme, WFP) a dit mercredi qu’il a été capable d’expédier seulement 9000 tonnes d’aide alimentaire dans Gaza au cours des quatre dernières semaines, « une minuscule fraction de ce dont a besoin une population de 2,1 millions de personnes affamées ».
Israël espère que la GHF remplace le précédent système général de distribution de l’aide organisé par les Nations Unies, dont les responsables israéliens affirment qu’il permettait au Hamas de voler et de vendre des provisions.
Les agences des Nations Unies et les groupes majeurs d’aide, qui ont livré de l’aide humanitaire dans tout Gaza depuis le début de cette guerre de 20 mois, ont rejeté le nouveau système, disant qu’il est impraticable, inadéquat et contraire à l’éthique. Ils nient qu’il y ait eu des vols étendus de l’aide humanitaire par le Hamas.
La GHF a dit dans un mail mercredi qu’elle avait fourni plus de 30 millions de repas « en toute sécurité et sans incident » depuis son entrée en service le mois dernier.
Israël a lancé sa campagne conçue pour détruire le Hamas après l’attaque du groupe le 7 octobre 2023 sur le sud d’Israël, au cours de laquelle des militants ont tué environ 1200 personnes, pour la plupart des civils, et ont pris 251 otages. Le Hamas détient encore 53 otages, moins de la moitié d’entre eux étant encore en vie, la plupart des autres ayant été libérés dans les accords de cessez-le-feu ou d’autres négociations.
Le ministère de la Santé de Gaza a dit mardi que 5194 personnes avaient été tuées depuis qu’Israël a repris ses opérations majeures dans le territoire le 18 mars, mettant fin à une trêve de deux mois.
Le nombre de victimes de Gaza depuis que la guerre a éclaté a atteint 55600, selon le ministère de la Santé.
