Israël prêt à interdire des dizaines d’agences d’aide à Gaza alors que 10 nations mettent en garde contre les souffrances de la population

L’incapacité d’associations, dont MSF et ActionAid, à procurer des renseignements sur leur personnel signifie qu’elles ne pourront pas travailler à Gaza, disent les responsables israéliens.

Israël a annoncé qu’il allait mettre fin d’ici 36 heures au travail de dizaines d’organisations d’aide à Gaza pour ne pas s’être soumises aux nouvelles exigences strictes à propos de détails individuels concernant le personnel palestinien et international déployé dans le territoire dévasté.

La liste des associations frappées par l’interdit comprend certaines des organisations humanitaires les plus connues telles que ActionAid, International Rescue Committee et Médecins Sans Frontières (MSF).

L’annonce faite mardi par le ministère des Affaires de la Diaspora intervient au milieu de violentes tempêtes qui ont détruit ces derniers jours des milliers de tentes à Gaza, exacerbant une crise humanitaire déjà aiguë.

Les ministres des Affaires étrangères de 10 nations ont exprimé « de sérieuses inquiétudes » à propos d’une « nouvelle détérioration de la situation humanitaire » dans le territoire dévasté, disant que la situation était « catastrophique ».

« A l’arrivée de l’hiver, les civils de Gaza font face à des conditions épouvantables dues à de fortes pluies et à la chute des températures », ont dit les ministres de Grande Bretagne, du Canada, du Danemark, de Finlande, de France, d’Islande, du Japon, de Norvège, de Suède et de Suisse dans un communiqué joint diffusé mardi par le ministère des Affaires étrangères du Royaume Uni.

Le communiqué ajoutait que « 1.3 million de personnes ont encore besoin d’une aide urgente pour se mettre à l’abri. Plus de la moitié des établissements de santé ne sont que partiellement fonctionnels et font face à des pénuries d’équipement et de fournitures médicales essentielles. L’effondrement total des infrastructures d’assainissement a laissé 740.000 personnes exposées à des inondations toxiques ».

Les ministres ont appelé l’ONU et ses partenaires à poursuivre leur travail à Gaza, ainsi qu’à la levée de «restrictions [israéliennes] déraisonnables sur les importations considérées comme étant à double usage ».

Des centaines d’articles ont été empêchées d’entrer à Gaza par Israël, sous le prétexte que le Hamas pouvait les utiliser pour reconstruire des tunnels ou dans des buts militaires. Parmi ces articles se trouvent des équipements vitaux pour se soigner et s’abriter.

Les ministres ont également appelé à l’ouverture des points de passage pour accroître l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza, disant que les couloirs de passage des marchandises restaient fermés ou sévèrement restreints pour l’arrivée de l’aide humanitaire, y compris Rafah, le plus gros point d’entrée menant directement en Égypte.

« Les procédures bureaucratiques douanières et les contrôles extensifs provoquent des retards, alors que le fret commercial est autorisé à entrer plus librement », est-il dit dans le communiqué.

« La cible de 4.200 camions par semaine, dont une attrobution de 250 camions de l’ONU par jour, devrait servir de socle, non de plafond. Il faudrait relever ces cibles afin de s’assurer que les fournitures vitales entrent à la grande échelle nécessaire », est-il ajouté.

Selon l’accord en 20 points qui a permis la réalisation en octobre d’un fragile cessez-le-feu, Israël a l’obligation d’autoriser « la totalité de l’aide » à entrer « immédiatement à Gaza ».

Le cessez-le-feu a mis fin à deux ans de conflit sans répit, mais les progrès nécessaires à un accord de paix durable sont au point mort, avec Israël qui dit qu’il ne se retirera pas des 53 % du territoire de Gaza encore sous son contrôle jusqu’à ce que le Hamas soit désarmé et restitue les restes du dernier otage qu’il détient. L’organisation militante islamiste a jusqu’ici refusé de s’engager à un désarmement complet.

Prenant la parole lundi, Donald Trump a dit qu’il espérait que la « reconstruction » pourrait bientôt commencer dans le territoire palestinien réduit à des ruines par les offensives israéliennes en réponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023, mais n’a fourni aucun détail.

Les responsables israéliens ont dit qu’ils avaient donné de copieux avertissements aux organisations d’aide concernant les nouvelles exigences d’enregistrement et qu’environ 15 % des organisations non gouvernementales qui travaillaient à Gaza n’avaient pas vu leurs permis renouvelés.

« Les organisations humanitaires qui ne répondent pas aux exigences de sécurité et de transparence verront leur permis suspendu », a dit le ministère, ajoutant que celles qui « ont refusé de remettre une liste de leurs employés palestiniens afin d’écarter tout lien avec le terrorisme, » avaient reçu une note officielle disant que leur permis serait révoqué dès le 1er janvier.

Les responsables des ONG avaient dit auparavant que les nouvelles exigences étaient en opposition avec la législation européenne de protection des données et pouvaient mettre leur personnel en danger.

Dans son communiqué de mardi, le ministère israélien prétendait qu’une nouvelle enquête avait découvert que MSF employait deux individus qui avaient des liens avec les groupes militants palestiniens : un prétendu sniper du Hamas et un membre du Jihad Islamique palestinien.

MSF a répondu qu’il « n’emploierait jamais sciemment des personnes engagées dans une activité militaire ».

Le communiqué du ministère ne disait pas si la licence de MSF avait été révoquée.

« Concernant l’enregistrement, MSF poursuit son engagement et ses discussions avec les autorités israéliennes », a dit l’ONG « Nous n’avons pas encore reçu de décision sur l’enregistrement. »

Les allégations contre MSF font écho à celles prononcées par Israël contre l’UNRWA, principale agence de l’ONU à travailler avec les Palestiniens dans la région.

Une loi votée lundi en Israël va obliger les sociétés gérant l‘électricité et l’eau, les fournisseurs de services de communications et les banques à priver l’UNRWA de tout service. Des lois précédentes ont mis fin au fonctionnement de l’agence en Israël et à tout contact avec le gouvernement.

La Cour Internationale de Justice, le plus haut tribunal de l’ONU, a innocenté l’UNRWA de l’allégation selon laquelle elle n’était pas impartiale.

La Coordination des Activités du Gouvernement dans les Territoires (COGAT), agence israélienne responsable de l’administration de Gaza et de la Cisjordanie occupée, a dit que les organisations dont les opérations vont maintenant être suspendues n’avaient fourni aucune aide au territoire depuis le cessez-le-feu mis en place en octobre et n’avaient contribué qu’à environ 1 % du volume total antérieur de l’aide.

« Par conséquent, la mise en place de la décision du gouvernement ne provoquera aucun dommage ultérieur au volume de l’aide humanitaire entrant dans la Bande de Gaza », a-t-il dit.

Parmi les autres principales organisations dont les permis n’ont pas été renouvelés, il y a, d’après une liste du ministère, Care International et des secteurs des principales organisations caritatives telles que Oxfam et Caritas. Toutes aident à la fourniture de toute une série de prestations sociales, dont la distribution de nourriture, les soins de santé, les services aux personnes porteuses de handicap, l’éducation et la santé mentale.

Le ministère a dit que les associations avaient eu 10 mois pour fournir les informations requises, mais « ne s’étaient néanmoins pas conformées aux demandes ».

Le responsable politique d’Oxfam dans le Territoire Palestinien Occupé, Bushra Khalidi, a dit à Reuters que son personnel et ses partenaires palestiniens continueraient à apporter leur soutien aux communautés, mais il a dit qu’obliger les agences d’aide à dépendre d’un approvisionnement local – puisqu’elle n’auront pas l’autorisation de faire entrer des marchandises de l’extérieur – participait à un démantèlement plus important du système d’aide humanitaire.

Le ministère a dit que, vers fin novembre, approximativement 100 demandes d’inscription avaient été soumises et que « seules 14 demandes d’organisations avaient été rejetées ».

« Les autres ont été approuvées ou sont actuellement examinées », a-t-il ajouté.