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À Gaza, des Palestiniens disent que le blocage de comptes bancaires a empêché l’accès à des fonds vitaux

Posted on juillet 7, 2026juillet 7, 2026 | Fayha Shalash | Middle East Eye | Traduction SM pour l'AURDIP
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UN APARTHEID FINANCIER: Il est devenu extrêmement difficile, sinon impossible, d’envoyer de l’argent à Gaza, et même en Palestine. L’AURDIP, après beaucoup d’autres, en a fait la triste expérience, quand notre banque nous a informé que « la Palestine ne fait plus partie de notre offre de service ». Toutes les organisations de soutien à la Palestine, et tous les particuliers qui veulent venir en aide aux Palestiniens, se heurtent au même mur. Ainsi, alors qu’elle vient de reconnaître l »état de Palestine, la France participe à un blocus financier qui s’ajoute au blocus alimentaire et matériel. L’article que nous republions ici, avec l »aimable autorisation de Middle East Eye, montre la situation du côté palestinien, où la Bank of Palestine ferme les comptes des habitants de Gaza. Il ne leur reste rien.

Des Palestiniens disent qu’ils ont été privés de leur salaire, de leur épargne, de certaines aides, après que leurs comptes ont été bloqués ou fermés sans avertissement

Fayha Shalash à Ramallah, Cisjordanie occupée

20 juin 2026

Des Palestiniens vivant à Gaza ravagée par la guerre ont accusé la Banque de Palestine d’avoir bloqué ou fermé leurs comptes sans fournir d’explication satisfaisante, les privant de la possibilité d’accéder à leurs salaires, leurs aides et leur épargne personnelle.

Plusieurs détenteurs de comptes ont dit à Middle East Eye qu’ils n’avaient pas pu accéder à des fonds nécessaires pour payer le loyer, faire des achats essentiels et subvenir aux besoins de leur famille, après avoir découvert que leurs comptes avaient été restreints ou fermés.

Ils disent n’avoir reçu que très peu d’explications de la banque, voire pas du tout, et aucune indication claire sur la marche à suivre pour contester ces décisions.

En raison de la pénurie chronique d’argent liquide à Gaza et de la détérioration fréquente des billets de banque, de nombreux Palestiniens font appel aux applications bancaires et porte-monnaie électroniques pour accéder à des fonds et les transférer.

Ahmed Sardah a dit à MEE qu’il essayait de transférer de l’argent en utilisant l’application mobile de la banque quand il s’est aperçu que son compte avait été fermé. Il a appris plus tard que ses porte-monnaie PalPay et Jawwal Pay avaient également été suspendus.

Pensant qu’il s’agissait d’une erreur technique, Sardah a contacté la Banque de Palestine. Selon son récit, un employé l’a informé que son compte avait été « mis en réserve par la direction ».

« Malheureusement, nous vivons dans une guerre de destruction et des bombardements constants et en plus, nous nous faisons étrangler », a-t-il dit à MEE.

« Ma vie s’est complètement arrêtée ; je ne peux même pas payer le loyer, et j’ai des obligations mensuelles. Comment suis-je censé y faire face ? »

Selon Sardah, la banque ne lui a transmis aucun avertissement avant de fermer son compte. Il rejette l’affirmation selon laquelle il aurait dépassé les limites de transfert.

Taghreed al-Daya a perdu son mari, quatre filles et un fils du fait d’une frappe aérienne israélienne qui ciblait son appartement dans le quartier al-Sabra de Gaza-Ville en juillet 2024.

Sa fille aînée, Raghad Banat, avait un compte actif à la Banque de Palestine sur lequel était versé son salaire mensuel. Selon Daya, le compte a été fermé dès que le certificat de décès de sa fille a été émis.

Daya dit avoir effectué les démarches successorales requises et avoir obtenu les documents nécessaires, mais s’être fait dire qu’il lui faudrait se rendre à Ramallah pour poursuivre cette procédure, ce qui est, souligne-t-elle, impossible à partir de Gaza.

« Je suis à Gaza. Comment est-ce que je suis censée parvenir à Ramallah ? » a-t-elle dit à MEE. C’est une exigence impossible. »

Des avocats s’associent aux critiques

Le 12 février, un groupe d’avocats de Gaza a organisé une protestation contre ce qui, selon eux, constitue de la part de la Banque de Palestine un blocage de comptes sans justification juridique.

Par la suite, le Barreau palestinien à Gaza a condamné ces mesures, qu’il présente comme « dangereuses et injustifiées » en soulignant qu’elles menacent des familles affrontant déjà de graves difficultés dans la situation humanitaire créée par la guerre d’Israël contre Gaza.

Dans un communiqué, l’association a indiqué qu’elle avait reçu des plaintes d’avocats dont les comptes ont été fermés sans avis préalable.

Selon elle, 700 avocats de Gaza ont été affectés au sein d’un groupe plus large de presque 2000 comptes suspendus.

Selon l’association, les détenteurs de comptes ont reçu des explications variées, notamment des demandes de mises à jour des données sur le client et des allégations d' »utilisation malhonnête ».

Rami Abdo, dirigeant de l’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor (Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme), a accusé la Banque de Palestine de fermer périodiquement des comptes en se basant sur des recommandations transmises par l’Autorité monétaire palestinienne et en recourant à des procédures internes d’évaluation des risques.

« La Banque de Palestine exacerbe le problème en empêchant les citoyens de contester les décisions, de retirer des fonds ou d’obtenir une preuve de leur respect des règles », a-t-il dit à MEE.

Selon Abdo, les fermetures de comptes se produisent régulièrement et peuvent concerner des centaines de comptes en une fois.

Le nombre de comptes en banque dans les territoires palestiniens est supérieur à cinq millions, selon l’Association des banques de Palestine.

Selon Abdo, les comptes appartenant à des Palestiniens tués pendant la guerre sont fermés après l’annonce de leur mort, ce qui rend impossible pour les familles d’accéder aux fonds alors qu’elles ont effectué les procédures successorales.

« Dès que le nom d’un martyr est connu, la banque vérifie si cette personne a un compte et elle le ferme », dit-il.

La banque rejette les allégations

Une source de la Banque de Palestine a démenti les affirmations selon lesquelles, à Gaza, des milliers de comptes auraient été bloqués, les qualifiant de fausses et sans fondement.

Selon la source, toute action impliquant des comptes clients est menée dans le respect des lois, règles et instructions formulées par les autorités appropriées, et aucune mesure n’est prise de façon arbitraire ou hors des cadres juridiques et réglementaires préétablis.

« Depuis sa fondation, la Banque de Palestine est restée fière de son rôle national et économique, au service des Palestiniens quelle que soit leur résidence, et surtout dans le cas des résidents de la Bande de Gaza », a insisté la source.

« La banque continue à jouer le rôle vital d’assurer des services bancaires et financiers en aidant les citoyens et les institutions à gérer leurs affaires financières, en dépit des circonstances exceptionnelles et des lourdes difficultés affrontées dans la Bande », poursuit cette source.

Elle note également que la banque continue à dispenser des services bancaires et financiers à Gaza malgré les difficultés causées par la guerre et qu’elle fournit aujourd’hui ses services à plus d’un million de clients.

Répondant aux allégations concernant les comptes de Palestiniens décédés, la source a indiqué que ces cas sont traités conformément aux procédures successorales en vigueur et aux décisions de justice destinées à protéger les droits des héritiers et à empêcher tout accès illégitime aux fonds.

Ces procédures s’appliquent aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie et ne sont liées à aucune circonstance exceptionnelle, a ajouté la source.

MEE a sollicité les commentaires de l’Autorité monétaire palestinienne mais n’avait reçu aucune réponse au moment de la publication.

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