L’ONU défend une experte des droits des Palestiniens après des critiques européennes

Des États européens critiquent une experte de l’ONU à propos de prétendues remarques sur Israël.
Albanese nie avoir traité Israël d’ « ennemi commun de l’humanité ».
Des sanctions états-uniennes gèlent ses avoirs.

GENÈVE, le 13 février (Reuters) – Un porte-parole des droits de l’homme de l’ONU a exprimé vendredi son inquiétude concernant des attaques contre les experts indépendants de l’ONU après que plusieurs gouvernements européens aient critiqué la rapporteuse spéciale pour la Palestine, Francesca Albanese, et aient appelé à sa démission.

Cela fait suite à une condamnation cette semaine par l’Allemagne, la France et l’Italie de la prétendue critique d’Israël par Albanese. Albanese, juriste italienne, nie avoir tenu ces propos.

« Nous sommes très inquiets. Nous sommes préoccupés à la vue de responsables de l’ONU, experts et responsables juridiques indépendants, qui font de plus en plus l’objet d’attaques personnelles, de menaces et d’une désinformation qui détourne des graves questions des droits de l’Homme », a dit la porte-parole du bureau des droits de l’homme de l’ONU, Marta Hurtado, lors d’une conférence de presse quand on l’a interrogée sur ces critiques.

Les experts de l’ONU sont chargés par le Conseil des Droits de l’Homme basé à Genève de surveiller et de documenter des crises spécifiques concernant les droits de l’Homme, mais sont indépendants de l’organisation elle-même.

Vendredi, le ministre des Affaires étrangères de la République Tchèque, Petr Macinka, a cité Albanese sur X comme ayant traité Israël d’ « ennemi commun de l’humanité », et il a également appelé à sa démission.

Une transcription des remarques faites par Albanese le 7 février à Doha vues par Reuters ne caractérisaient pas Israël de cette façon, même si elle a constamment critiqué ce pays dans le passé à propos du conflit à Gaza.

Le ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, Johann Wadephul, a dit jeudi que la position d’Albanese était « intenable », tandis que le ministre des Affaires étrangères de la France, Jean-Noël Barrot, l’a accusée de faire « des remarques scandaleuses et répréhensibles » contre Israël.

ALBANESE CRITIQUE LES EUROPÉENS A PROPOS DE GAZA

Albanese a dit la nuit dernière sur X : « Trois gouvernements européens m’accusent – en se fondant sur des propos que je n’ai pas tenus – avec une virulence et une conviction qu’ils n’ont JAMAIS eues contre ceux qui ont abattu plus de 20.000 enfants en 858 jours. »

Elle citait les chiffres du ministère palestinien de la Santé, qui porte le nombre total de morts de la guerre à Gaza à plus de 72.000.

L’administration du président des États-Unis Donald Trump a infligé des sanctions à Albanese après qu’elle ait écrit des lettres à des sociétés américaines les accusant de contribuer aux violations flagrantes des droits de l’Homme par Israël à Gaza et en Cisjordanie.

Albanese, dont le mandat expire en 2028, doit parler des droits des Palestiniens le mois prochain au Conseil des Droits de l’Homme à Genève.

Il n’existe aucun précédent de révocation d’un rapporteur spécial durant son mandat, bien que des diplomates aient dit que les 47 États membres du Conseil pouvaient théoriquement proposer une motion pour ce faire.

Cependant, ils ont dit que le soutien vigoureux des droits des Palestiniens au sein de l’organisme laisse entendre qu’une motion de ce genre avait peu de chance d’être adoptée.

Reportage d’Emma Farge, reportage supplémentaire d’Olivia Le Poidevin à Genève, Alan Charlish à Varsovie, Benoit Van Overstraten à Paris et Rami Ayyub à Jérusalem ; édition par Linda Pasquini et Gareth Jones