LA NUIT SILENCIEUSE : Un tribunal populaire contre le silence et la censure génocidaire

« La violence génocidaire d’État expose sans vergogne ce qu’elle fait, rendre inhabitable, mais sa machinerie interne se nourrit du secret pour rendre possible cette violence explicite. Le secret est tissé par des complicités qui recherchent l’opacité. En réponse, ce Tribunal construit un contre-narratif au secret, révèle l’opacité, nous confronte à nos courants sous-jacents de violence et cartographie notre cruauté. » (Tribunal populaire sur la complicité à l’intérieur de l’État espagnol dans le génocide en Palestine (TPCGP-25), Session 2, Conclusions, point 26).

Réseau universitaire (espagnol) pour la Palestine (RUxP), 5 janvier 2026

Original en espagnol : https://www.elsaltodiario.com/la-universidad-estallada

« La violence génocidaire d’État expose sans vergogne ce qu’elle fait, rendre inhabitable, mais sa machinerie interne se nourrit du secret pour rendre possible cette violence explicite. Le secret est tissé par des complicités qui recherchent l’opacité. En réponse, ce Tribunal construit un contre-narratif au secret, révèle l’opacité, nous confronte à nos courants sous-jacents de violence et cartographie notre cruauté. » (Tribunal populaire sur la complicité à l’intérieur de l’État espagnol dans le génocide en Palestine (TPCGP-25), Session 2, Conclusions, point 26).

« Nous nous sommes réunis à Alger pour proclamer que tous les peuples du monde détiennent un droit égal à la liberté, le droit de s’affranchir de toute ingérence étrangère et de se donner le gouvernement de leur choix ; le droit, s’ils sont asservis, de lutter pour leur libération et le droit de bénéficier, dans leur lutte, de l’assistance des autres peuples. » (Déclaration universelle des droits des peuples, 1976).

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Sur les complicités, les indignités et les illégalités (Partie I)

Rabab Abdulhadi (directrice fondatrice du Programme d’Études sur les ethnicités et les diasporas arabes et musulmanes à l’Université d’État de San Francisco et directrice de recherche dans ce programme) l’a expliqué ainsi lors de son discours à la session de clôture en tant que co-présidente de TPCGP-25 :

« Le travail du Tribunal est le résultat d’un effort cumulatif. C’est exactement le genre de travail dont nous avons besoin. Nous devons nous demander : comment allons-nous décoloniser le discours de complicité dans nos pays, dans nos espaces, dans nos contextes ? Comme allons-nous combattre la censure et la répression dans nos États ?

Le peuple palestinien veut la libération. C’est à partir de là que nous devons nous demander quelle position nous allons adopter. Nous sommes des producteurs de connaissances, et nous les produisons pour la justice. Nous savons que quiconque défend une production de connaissances ‘neutre’ ment. La neutralité reproduit le statu quo, l’injustice. Le dur travail et toutes les recherches du Tribunal font partie de la lutte pour un narratif et une histoire de libération, contre le déni et le discours sioniste. Nous devons être capables de recouvrer les histoires, les chants, les archives, les voix des os et des corps qui sont enterrés sous les décombres, qui portent témoignage de la vérité.

Nous voulons récupérer nos espaces dans les écoles, les universités, dans la sphère publique, être capables de parler pour nous-mêmes, d’ouvrir des débats qui nous permettent d’identifier la possibilité d’un optimisme révolutionnaire.

C’’est la sorte de production de connaissances qui montre la vérité au pouvoir, la connaissance qui nous interpelle tous et toutes, construisant un type de monde différent. Une production de connaissances qui nous donne de l’espoir, de la vie et des possibilités dans l’union des luttes, construisant ensemble d’autres mondes, sans le sionisme, sans le suprémacisme ni le fascisme. »

Les 28 et 29 novembre, la première édition du Tribunal populaire sur la Complicité au sein de l’État espagnol dans le génocide en Palestine (TPCGP-25) s’est tenue à l’Université complutense de Madrid, un événement universitaire organisé par le Réseau universitaire espagnol pour la Palestine (RUxP), ouvert à toute la société et avec des participants de différentes générations, de différentes origines professionnelles et institutionnelles, de campagnes de dénonciation, de groupes de solidarité ou d’organisations de défense des droits humains, avec des professeurs, des travailleurs de la santé, des journalistes, des juristes, des étudiants, des militants, et un « etc. » qui inclut une Rapporteuse des Nations Unies.

Précisément parce que c’est un événement universitaire, le TPCGP-25 s’engage à travailler sur la base des principes qui définissent la meilleure version possible d’une université digne de ce nom. Le premier principe nous rappelle que la production de connaissances est toujours, par définition, un processus collectif et non le résultat d’un « Eureka », de révélations individuelles ou des hallucinations méritocratiques de l’individualisme. Le deuxième est que la fonction (sociale !) de l’université exige des allers et retours constants dans ses contenus, ses discussions, ses réflexions et ses conclusions — des allers et retours qui mettent à bas ses murs de mystère élitiste, managérial et commercialisé ou en cours de commercialisation. Le troisième est que les deux principes mentionnés ci-avant devraient accompagnés d’un respect extrême pour des notions comme la rigueur, la dignité et la justice, un respect qui n’a rien à voir avec les liturgies travestissant souvent ce mystère de la recherche universitaire. Aucun travail intellectuel ne peut être neutre ni impartial dans ses demandes pour la rigueur, la dignité et la justice. « Vous ne pouvez être neutre dans un train en mouvement », a dit Howard Zinn. Il n’y a pas d’impartialité face à une occupation, un projet colonial, un génocide. Aucune opinion ne peut respecter les exigences que nous venons de mentionner tout en contournant une question, celle de l’histoire qui intègre le génocide dans l’identité européenne occidentale en tant que pratique sociale.

Les six pages de la Résolution finale du Tribunal (voir Déclaration de Madrid du 29 novembre 2025) appliquent ces principes dans quatre directions principales :

1. En se focalisant sur la complicité, comprise au-delà de la signification strictement juridique du terme, celle d’une société complice dans la juridiction d’un État complice, sa première édition s’étant tenue dans les locaux d’une institution complice.

2. En prenant en compte tous les domaines et tous les niveaux de cette complicité, en commençant par les institutions universitaires et ceux ou celles qui les gouvernent, les peuplent et les entretiennent.

3. En montrant le pouvoir de la machinerie sioniste et sa profonde intégration politique (État) et entrepreneuriale (marchés) dans les espaces de pouvoir d’une des provinces géo-économiques de la terre mère européenne, en essayant de mettre des noms, des liens et des chiffres, sur les relations qui circulent dans les réseaux tissés pendant les quatre dernières décennies dans la province espagnole, réseaux de propagande pro-apartheid et de collusion nécro-politique qui doivent être connus et documentés.

4. En se basant sur un cadre juridique et analytique irréfutable. D’où les attaques qui ont essayé d’empêcher sa tenue, avec le même objectif que vise le black-out politico-médiatique, lequel, depuis le début du « processus de paix [génocidaire] » a essayé d’éteindre les lumières, les écrans, les haut-parleurs et les claviers, d’arrêter la dénonciation publique et de réduire la mobilisation à un minimum — nous reviendrons sur ce point dans la deuxième partie du texte.

Ainsi, la première édition du TPCGP a exposé et documenté que l’« État espagnol a collaboré pendant des décennies à l’occupation, l’apartheid et la Nakba continuelle, et au génocide comme résultat ultime, violant le droit international et, avec lui, l’interdiction pour les États tiers d’aider ou d’assister un autre État dans la perpétration de crimes internationaux. Le gouvernement espagnol a eu, et a, pleine connaissance des illégalités et des crimes de guerre commis par l’État israélien, mais cette information n’a motivé aucune mesure pour suspendre les relations économiques ou diplomatiques, ni imposer aucune des sanctions requises par de nombreuses résolutions internationales » (point 5 de la résolution finale du TPCGP-25).

Nous espérons que beaucoup d’entre vous lisent cette résolution et les centaines de pages de la documentation du Tribunal, pour les partager, les disséminer, en rendre compte, les étendre, contacter ruxp@tribunaldelospueblos.org, se joindre à nos efforts, contribuer à l’information et aux rapports … L’information engendrée par la première édition du TPCGP-25 est publiée à l’adresse https://tribunaldelospueblos.org/. Vous trouverez ci-dessous un petit résumé des conclusions rassemblées dans chacune des sessions d’analyse thématiques du Tribunal :

Panel 1 (R&D + Science, universités et éducation). Même après que leurs conseils d’administration ont émis des déclarations soutenant la Palestine et disant qu’ils suspendraient les relations avec les institutions israéliennes, plus de la moitié des universités de l’État espagnol continuent aujourd’hui à participer à des consortiums de recherche avec les universités, les institutions et les entreprises israéliennes. La vaste majorité collabore avec des entités et des entreprises qui participent à l’occupation, à l’apartheid et au génocide ou en bénéficient — par l’intermédiaire d’accords, de professorats, de contrats et de relations financières — en violation flagrante des obligations imposées à tous les États par les normes inviolables du droit international. Les organes d’administration de l’université participent ainsi à la structure internationale étendue de la complicité avec le scolasticide et l’épistémicide en Palestine.

Panel 2 (Industrie d’armement, commerce et banques finançant l’industrie des armes). Un réseau de corporations et d’entreprises publiques et internationales participe activement au commerce du génocide, en rendant des services, en fabriquant des produits, en nourrissant la machinerie économique et logistique de l’occupation et en renforçant ses logiques de capture spatiale et d’oppression systématique. La présence de ce réseau d’intérêts entrepreneuriaux à l’intérieur de l’État espagnol est évidente, ainsi que la chaîne de complicité qui soutient l’occupation et le génocide. Pendant les deux dernières années, les ports espagnols sont devenus des enclaves cruciales sur les routes qui fournissent des armes et de l’énergie au régime génocidaire d’Israël. Les banques impliquées dans l’industrie d’armement ont joué un rôle crucial dans la production et l’usage des armes utilisées à Gaza. Banco Santander, BBVA, Caixabank, Ibercaja Banca March et d’autres sont à la fois des bénéficiaires et des facilitateurs de l’extermination du peuple palestinien.

Panel 3 (Médias). Les médias ne sont pas de purs spectateurs mais des acteurs structurels du génocide : ils sélectionnent, contextualisent, réduisent au silence ou amplifient les messages de blanchiment sioniste. L’informicide se manifeste dans le meurtre de journalistes, l’élimination des témoignages palestiniens et la criminalisation des journalistes gazaouis, et elle est accompagnée de campagnes de diffamation qui exercent une violence double : sur le peuple palestinien et sur le journalisme, parce qu’ils disent la vérité. L’informicide se répand comme une forme « de contrôle narratif et de réduction au silence des voix qui dénoncent le génocide ». Ce contrôle légitime la violence sous couvert de neutralité informationnelle : « il présente Israël comme un peuple civilisé, déshumanisant les Palestiniens comme des barbares. » La dissémination au public de l’information sur le génocide suit trois tendances différentes : le cadre d’une justification sécuritaire, le cadre compatissant humanitaire et le cadre de soutien décolonial. Peu de médias d’État adhèrent à ce troisième cadre d’information, lié rigoureusement au processus historique du colonialisme et de l’occupation. Les relations entre des personnalités de premier plan des affaires et/ou de la politique et le sionisme international et la défense d’Israël influencent de manière importante l’écosystème des médias espagnols. Pendant le génocide, la hasbara (propagande israélienne) a multiplié ses accusations d’antisémitisme dans toutes les directions pour réduire au silence tout discours critique, mais elle a échoué complètement, à la fois localement et internationalement. Les Palestiniens ont réussi à informer le reste du monde malgré le génocide et l’informicide.

Panel 4 (Système et marché de la santé). La plupart des sociétés scientifiques dans le champ médical qui affirment leur engagement envers la justice sociale sont restées silencieuses sur la destruction du système de santé palestinien et sur les atrocités commises contre leurs collègues jusqu’à un moment avancé dans le génocide, et beaucoup restent encore silencieuses. De nombreux médecins ont continué à accepter des paiements (« transferts de valeurs ») du géant pharmaceutique israélien TEVA et la collaboration scientifique avec Israël a continué, même après que l’Opinion consultative de la Cour internationale de justice est entrée en vigueur. Actuellement, il y a 101 projets relatifs à la santé avec des subventions européennes et une participation espagnole et israélienne dans la phase d’exécution.

Panel 5 (Secteurs des entreprises et des affaires : énergie, immobilier, sécurité, etc) : Le TPCGP-25 a analysé et documenté les liens, les contrats, les investissements, le commerce et les formes de coopération entre les entreprises publiques et privées, les entités et les organisations qui opèrent dans l’environnement économique espagnol et qui collaborent avec le colonialisme, l’apartheid et le génocide en Palestine, et en bénéficient, dans les secteurs de la construction et des travaux publics, de l’eau et de l’énergie, de l’immobilier, des services financiers et des investissements, du tourisme, des technologies et des communications, des biens et services de consommation et de l’agro-industrie, attestant de l’implication de toutes ces compagnies — CAF, ACS, SEMI, INECO, OSSA, Abengoa, Typsa, Intecsa, TSK, ICL Group, ICL Iberia, Nordex Energy Spain, Banco de Sabadell, ACCIONA, Naturgy, Solaer, Resolar, Ellomay, Enlight Renewable Energy, SolarEdge, Volta Solar, KKR, Blackstone, FITUR, eDreams, ODIGEO, IBERIA, Globick, Leonardo Hotels, NSO Group, TKH, IBM, Microsoft, Amazon, Palantir, Oracle Corporation, Apple Inc., Nvidia, Hewlett Packard, Hikvision, Fortinet, Check Point, Palo Alto Networks, Ex Libris…

Panel 6 (Culture et sports) : À côté des actions en cours, des actions d’appropriation, de destruction et de déni de l’histoire, de la culture et de l’identité palestiniennes, primordiales pour renforcer l’imagerie sioniste, la présence israélienne dans le monde de la culture et du sport en Espagne prend des formes diverses dans des scénarios clés pour blanchir l’occupation et normaliser le génocide. Ainsi, nous pouvons trouver des programmes religieux qui incluent des discours spécifiques sur l’identité, la sécurité et la légitimité, des fondations qui rendent possible une identification de l’État sioniste avec la tradition historique et culturelle séfarade, des réseaux de parrainage, de subventions et d’échanges institutionnels et une présence large et croissante de fonds d’investissement dans des festivals de musique. Le narratif internationaliste de la neutralité dans le sport ne peut cacher une tension qui sape les valeurs fondatrices de la pratique sportive et favorise la construction d’une image positive d’Israël, souvent soutenue par la collaboration des médias. Bien que divers événements sportifs aient permis aux citoyens d’exprimer leur rejet du génocide au cours des derniers mois, le recours à un pouvoir de décision centralisé dans les organisations internationales, la cooptation de ces décisions dans les organisations et la dynamique commerciale qui accompagne une grande partie de l’activité  sportive rendent possible que le sport continue à faire partie de la machinerie de la normalisation et du blanchiment sionistes en Espagne.

Panel 7 (Répression, soutien diplomatique et groupes de pression sionistes) : Le gouvernement espagnol et une liste étendue d’institutions publiques maintiennent des relations d’assistance et de reconnaissance avec un État qui viole systématiquement le droit international, a été immergé pendant deux ans dans une campagne génocidaire diffusée en direct, 24 heures par jour et sept jours par semaine. Comme tout autre gouvernement, le gouvernement espagnol avait, et a, une pleine connaissance de l’illégalité du blocus et de la longue liste de crimes commis par Israël — à Gaza et dans la totalité de la Palestine — sans que rien ne l’empêche de maintenir des relations économiques et politiques, omettant les mesures de sanction et évitant la moindre décision soumise au cadre juridique face à une agression directe de ses citoyens.

Le sionisme et ses campagnes de pression cherchent à élever la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) à la condition de « [définition] contraignante juridiquement » dans le système pénal, recourant à l’infraction pénale de « crime de haine » pour poursuivre tout rapport sur les crimes d’Israël. La critique du régime colonial fonctionne dans le prospectus de l’IHRA comme l’un des « ingrédients actifs » de l’anti-sémitisme. Mais, par ailleurs, la majorité des sionistes dans le monde ne sont pas juifs, et une proportion de plus en plus grande de la population juive du monde — particulièrement lchez es plus jeunes — s’opposent au sionisme. Le groupe sioniste d’extrême-droite qui nous pointe du doigt avec de fausses accusations pourrait-il clarifier si les juifs anti-sionistes sont aussi « anti-sémites » ?

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Passer ou aboyer. Sur les dénonciations, des baillons et les silences (Partie II)

Sans surprendre qui que ce soit après 27 mois, la première édition du TPCGP-25 a provoqué suffisamment d’ « inconfort » pour devoir surmonter deux obstacles principaux.

Le premier, le plus concret et le plus explicite, a été l’attaque menée par le groupe central de l’appareil politico-médiatique hispanique sioniste, avec à peine deux jours de préavis — bien que l’information sur le programme, les participations, les présidences de séances et l’emplacement du Tribunal aient été publiés deux mois auparavant. La tentative de censure a échoué, parce que le signalement accusateur visant les associations Masar Badil et Samidoun — reproduit par le ministre des universités de la Communauté autonome de Madrid, transmis par le rectorat de l’UCM et répandu par les canaux médiatiques — manquait de toute base juridique minimum. Grâce à la générosité des organisations mentionnées plus haut, le TPCGP-25 — ce « sabbat de sorcières antisémite » (« akelarre antisemita »), rien de moins — a pu avoir lieu. Une grande partie de ce que cette attaque visait à censurer est déjà disponible en format vidéo, dans les rapports des sept sessions thématiques, dans leurs résolutions respectives, dans les documents juridiques de références ou dans la Résolution finale du Tribunal, sur le site Youtube de RUxP et sur le site web du Tribunal. Le reste sera rendu public très bientôt. D’autres textes résultant du travail mené dans le cadre du Tribunal seront aussi publiés dans les prochaines semaines.

Une note explicative est pertinente ici : en réponse à l’hyperactivité proverbiale des machines de la propagande et de la guerre juridique sionistes, nous devons rappeler à nos autorités centrales, autonomes, municipales et universitaires, quelque chose d’important : quand un ou plusieurs États censurent, annulent, répriment, sanctionnent, emprisonnent et mettent hors la loi ceux et celles qui défendent les droits des Palestiniens kidnappés par le régime d’occupation d’Israël, ou ceux et celles qui s’impliquent dans des politiques hors des institutions, ou ceux et celles qui protestent contre un génocide, une occupation, un régime d’apartheid et la complicité de ses institutions dans tout cela, quand cela arrive, le devoir des autres États n’est pas de suivre leurs pas, mais tout le contraire. À moins, bien sûr, que l’intention soit de devenir comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis, … et de finir par briser les crânes de nos « grands mères terroristes » parce qu’elles tiennent un signe avec le slogan « Nous sommes tous et toutes Palestine Action » ou qu’elles chantent « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre  ».

Le deuxième obstacle, plus inquiétant encore, est le silence qui est imposé politiquement et déployé par virtuellement tous les médias traditionnels, une manœuvre qui s’ajoute à l’investissement de nombreux millions dans la cyber-hasbara —ou de quiconque couvre la dépense, dont il se pourrait très bien que nous payions une partie. Ce silence génocidaire a déclaré la « paix ». Dans le cas particulier de l’État espagnol, « si en septembre vous aimiez ‘Ainsi va le gouvernement européen le plus engagé dans les droits humains’, en décembre, vous aimerez ‘Ainsi va le gouvernement qui annonce un décret d’embargo sur les armes avec des clauses d’exception qui lui permet de garantir le ‘business as usual’ du génocide‘ », et vous profiterez de janvier avec le Venezuela ‘ce dangereux précédent’. La campagne de propagande, de censure et de cessez-le-feu, la n-ième version — la plus sanglante à ce jour — de la saga classique des « processus de paix » a accéléré le vol des terres, tué des centaines de personnes de Gaza, multiplié les colonies de Cisjordanie, coupé l’eau, l’électricité, la communication de ce qui reste de l’UNRWA en Palestine, elle expulse 37 organisations d’aide humanitaire, de « Médecins sans frontières » à « Caritas », et diffuse en direct les confessions glorifiées des maîtres génocidaires à une conférence de presse. En réalité, ils se délectent de leur sens d’impunité et se vantent en toute confiance de leur capacité absolue à tuer et à mentir.

La « Nuit silencieuse » déclarée par l’axe du génocide est la plus horrible de tout ce qui a été. Trois mois plus tard, deux ans plus tard, près de huit décennies plus tard, elle nous veut dans le noir pour mener l’extermination. Il y a quatre mois, des manifestations dans la rue ont forcé le gouvernement à feindre la compréhension et l’empathie avec la pratique de la désobéissance civile. Depuis le 10 octobre, trois des pires mois pires, l’Europe réduit au silence le génocide tout en discutant de la montée électorale de l’extrême-droite « comme une menace à la démocratie libérale » et non comme son résultat logique. Personne ne questionne l’intérêt de parler en ces termes depuis des endroits historico-politiques qui ont le génocide intégré dans son identité, c’est pourquoi nous parlons de « menaces à nos démocraties libérales » après des années de génocide, un génocide subventionné, légitimé par ces mêmes démocraties libérales qui y participent. Cet abominable paradoxe est aussi intégré dans notre identité. C’est notre problème. Le fascisme ne le résout pas ; il ne fait que le sublimer. La condition nécessaire à n’importe quelle solution se nomme décolonisation et elle consiste à démanteler les structures d’oppression. Les gouvernements européens ont, une fois encore, mené l’oppression jusqu’à sa limite (génocidaire), avec les universités comme point central de sa rationalisation suprémaciste, déroulant le tapis rouge une fois encore pour le monstre fasciste que toute nation agressive porte à l’intérieur d’elle-même. Ce boomerang…

Ici et maintenant, la censure et le silence sont deux outils — en fait, pas très « démocratiques » pour la théorie libérale — qui renferment des siècles multiples de capitalisme racial, de génocides coloniaux, de sièges, de blocus, d’invasions, de camps de concentration, de travail forcé, d’extermination … et d’accumulation par dépossession. Cela est la source primaire du mal auquel le peuple palestinien et toute l’humanité sont confrontés : l’inertie impérialiste d’un régime économique criminel qui produit une mort profitable afin de multiplier la concentration de richesses dans les mains des propriétaires du dit régime.

Dans le cas du TPCGP-25, les raisons de la censure et du silence sont devenus claires, avec des prétextes qui sont également grossiers dans les deux cas. Le silence célèbre : paix ! La censure accuse : antisémite ! Nous répondons d’abord que toute paix requiert la justice et deuxièmement que nous sommes exactement aussi antisémites que (attention, cela ne signifie pas la même chose) que judéophobiques, c’est-à-dire pas du tout. Ce que nous sommes, cependant, c’est à la fois antifascistes et antisionistes, étant donné (ici) l’équivalence intime des deux termes. Nous croissons aussi en nombre et nous marchons avec une conviction plus forte : « Le paradigme ‘Israël’ s’étend. Dans l’hégémonie impérialiste actuelle, l’Occident s’israélise tandis que le reste du monde se palestinise. » 

C’est pourquoi l’intifada, la protestation qui secoue, qui agite, qui soulève …, devient mondiale.

D’où le nouveau striptease punitif auquel la raison de l’État(-marché) se sent contrainte.

Il n’y a plus aucune hasbara qui puisse cacher une telle infamie.