L’Université Hébraïque va-t-en-guerre tente de museler les étudiants palestiniens

Retour en 1969, la militante des droits civils Angela Davis fustigeait la manière dont l’enseignement tertiaire était détourné.

Les crédits de recherche étaient attribués par le gouvernement américain de manière à « forcer le chercheur à développer des moyens plus efficaces, par exemple, de favoriser la guerre du Vietnam. »

S’exprimant à l’Université de Californie à Los Angeles, Davis a déclaré: «L’université est devenue politique de façon très manifeste. Elle est devenue politique dans la mesure où les politiques sont définis par l’appareil politique majoritaire dans ce pays. »

Ces commentaires pourraient s’appliquer à des institutions universitaires israéliennes aujourd’hui. Lundi dernier, le géant américain fabricant d’armes Lockheed Martin a annoncé qu’il avait signé un accord de coopération avec l’entreprise de recherche et de développement Yissum. Yissum est une entreprise de «transfert de technologie» appartenant à l’Université hébraïque de Jérusalem.

L’accord pourrait conduire à « des moyens plus efficaces » de tuer les Palestiniens. Il permet également la privatisation des connaissances scientifiques.

Lockheed sera officieusement en mesure de profiter de « droits » monopolistiques sur toutes les innovations réalisées via ce partenariat. Les scientifiques qui travaillent pour une université publique sont, par conséquent, tenus de servir les intérêts d’une entreprise américaine qui est un fournisseur clé d’armes à l’armée israélienne.

Tandis que l’université est heureuse de faire affaire avec une entreprise profitant de massacres – comme ceux perpétrés dans la bande de Gaza pendant l’été – elle a fait preuve d’une attitude hostile à l’égard de certains de ses propres étudiants.

Menacés

Le 28 Septembre, douze de ses étudiants palestiniens ont reçu des lettres de menaces – juste avant le début d’une nouvelle année scolaire. Les élèves ont été informés qu’ils pourraient être traduits devant un conseil de discipline parce qu’ils avaient organisé des manifestations sur le campus, sans autorisation de la part des autorités universitaires.

L’Université hébraïque a connu un certain nombre de manifestations cette année – notamment des protestations contre les tentatives pour convaincre les chrétiens palestiniens d’enrôler l’armée israélienne ainsi que des rassemblements en solidarité avec les prisonniers palestiniens en grève de la faim dans les prisons israéliennes.

De sévères restrictions

Pourquoi les étudiants devraient demander la permission de protester? Les universités ne sont-elles pas censées protéger la liberté d’expression?

Les universités israéliennes ont une « charte des activités » réglementant les questions telles que manifestations, réunions publiques ou distribution de dépliants et d’affiches.

Les douze étudiants de l’Université hébraïque sont accusés de violer cette charte. Pourtant, il serait extrêmement difficile – voire impossible – pour n’importe quel étudiant dans l’Israël d’aujourd’hui de respecter la charte si il ou elle voulait protester contre le déni systématique des droits des Palestiniens par Israël.

La charte impose des restrictions sévères sur toutes les activités qui n’ont pas été organisées par l’Union nationale des étudiants israéliens, une organisation clairement sioniste.

Lorsque des élèves sont punis pour violation de la charte, il s’agit presque toujours d’étudiants palestiniens. Partis et organisations politiques sionistes sont beaucoup moins susceptibles de voir leurs activités placées sous surveillance par les autorités académiques.

Ce n’est certainement pas la première fois que les étudiants palestiniens de l’Université hébraïque sont menacés de cette manière.

En 2012, un groupe de militants a été convoqué à comparaître devant le conseil de discipline de l’université pour la projection du film Jénine, Jénine, en présence de son réalisateur Mohammed Bakri. Les étudiants ont été condamnés à une amende au motif que l’université considérait le film comme basé sur des « mensonges et des calomnies ».

Répandre la peur

Des incidents similaires de répression ont eu lieu dans d’autres universités israéliennes.

Le Projet de Surveillance Académique, qui surveille la discrimination subie par les étudiants palestiniens en Israël, a analysé tous les cas politiques traités par le conseil de discipline dans l’université de Haïfa entre 2007 et 2012. Nous avons constaté qu’aucun étudiant juif israélien sioniste ou d’extrême droite n’avait été convoqué devant le conseil pendant cette période.

Et cela en dépit du fait que les élèves juifs israéliens à l’Université de Haïfa avaient organisé de nombreuses activités sans avoir obtenu au préalable le feu vert des autorités académiques.

Tamer Massalha, un avocat qui a représenté les étudiants convoqués devant des conseils de discipline, a abouti à des conclusions similaires. Il a signalé que 80% des cas disciplinaires à l’Université de Haïfa ont été engagées contre des étudiants palestiniens. Pourtant, les Palestiniens ne représentent que seulement 25% de tous les étudiants de cette université.

Massalha a fait valoir que l’objectif principal de ces conseils de discipline était de créer la peur chez les étudiants palestiniens et de les dissuader de s’impliquer dans des activités politiques.

Dès la création des universités d’Israël, les étudiants palestiniens inscrits s’y sont vu refuser les mêmes droits que les juifs israéliens. Les conseils de discipline ont été utilisés comme un moyen de contrôle et de répression des étudiants palestiniens.
Les menaces pesant sur les douze étudiants de l’Université hébraïque ne sont pour le moins pas surprenantes. Tout comme ne l’est pas la détermination des étudiants à ne pas se taire.

Comme l’a indiqué le groupe dans un communiqué : « Nous ne serons pas réduits au silence et nous ne permettrons pas à l’Université de nous supprimer. Nous allons dénoncer l’université et réveler son racisme « .