Des artistes exhortent la Berlinale à prendre position sur Gaza, Ben Hania refuse le prix

Ben Hania a dit : « Je n’emporterai pas ce prix chez moi. Je le laisse ici en guise de rappel. Quand la paix sera recherchée en tant qu’obligation juridique et morale enracinée dans la responsabilité du génocide, alors je reviendrai et l’accepterai avec joie. »

La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a refusé d’accepter le prix du « Film le Plus Prestigieux » accordé à son film, La Voix de Hind Rajab, par la Berlinale, Festival International du Film de Berlin.

Dans son discours devant le public de la cérémonie du « Cinéma pour la Paix » qui s’est tenue en marge du festival et où se trouvaient d’éminents personnages tels qu’Hilary Clinton et l’acteur Kevin Spacey, Ben Hania a dit qu’elle refusait que la mort de celles et ceux qui ont été tués à Gaza « devienne la toile de fond d’un discours policé sur la paix ». « Le cinéma n’est pas là pour blanchir les images » et « la paix exige justice et responsabilité, pas des slogans lustrés ».

« Je ne rapporterai pas ce prix chez moi », a-t-elle ajouté. « Je le laisse ici en guise de rappel. Quand la paix sera recherchée en tant qu’obligation juridique et morale enracinée dans la responsabilité du génocide, alors je reviendrai et l’accepterai avec joie. »

Plus de 80 acteurs, réalisateurs et autres artistes qui ont pris part à la Berlinale, dont Tilda Swinton et Javier Bardem, ont signé une lettre ouverte aux organisateurs, publiée mardi, et qui les appelle à prendre clairement position sur la guerre d’Israël à Gaza.

« Nous appelons la Berlinale à remplir son devoir moral et à clairement affirmer son opposition au génocide, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre d’Israël contre les Palestiniens », dit la lettre ouverte, qui a été publiée en totalité dans Variety, magazine spécialisé dans l’industrie du spectacle.

Quantité d’experts en droits de l’Homme, des universitaires et une enquête de l’ONU disent que l’agression d’Israël sur Gaza équivaut à un génocide. Israël appelle ses actions de l’auto-défense après l’attaque d’octobre 2023 du Hamas sur Israël.

« Nous sommes consternés par le silence institutionnel de la Berlinale », dit la lettre, qui a également été signée par les acteurs Adam McKay, Alia Shawkat et Brian Cox, et par le réalisateur Mike Leigh.

Elle dit que les organisateurs n’avaient pas répondu aux exigences qui consistaient à faire une déclaration affirmant le droit des Palestiniens à la vie et s’engageant à défendre le droit des artistes à s’exprimer à ce sujet.

« C’est le moins qu’elle peut et devrait faire », dit la lettre.

Le festival n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires envoyée par mail.

Le Festival du Film de Berlin est considéré comme le plus politique de ses homologues, Venise et Cannes, et se glorifie de présenter du cinéma issu de communautés sous-représentées et de jeunes talents. Et pourtant, il a été à maintes reprises critiqué par des militants pro-palestiniens pour n’avoir pas pris position sur Gaza, contrairement à la guerre en Ukraine et à la situation en Iran.

Des appels ont également été lancés précédemment pour que l’industrie du spectacle prenne position sur Gaza.

L’année dernière, plus de 5.000 acteurs, artistes et producteurs, y compris quelques stars de Hollywood, ont signé un engagement à ne pas travailler avec les institutions cinématographiques israéliennes qu’ils considéraient comme complices de la maltraitance des Palestiniens par Israël.

Le studio de Paramount a ensuite condamné cet engagement et a dit qu’il n’était pas d’accord avec ces démarches.

La lettre de mardi condamnait également la déclaration du président du jury de cette année, le réalisateur allemand Wim Wenders, comme quoi les cinéastes devraient se tenir à l’écart de l’expression politique : « Vous ne pouvez séparer l’un de l’autre. »

Les paroles de Wenders ont poussé la romancière indienne, Arundhati Roy, gagnante du Booker Prize de 1997 pour son roman « Le Dieu des Petits Riens », à se retirer du festival au début de cette semaine.

Roy, qui devait présenter « Dans lequel Annie leur donne çà », film dont elle est la scénariste, dans la section Classiques de la Berlinale, a traité les commentaires de Wenders de « déraisonnables ». En retour, la directrice du festival Tricia Tuttle a émis samedi une note défendant la décision d’artistes de ne pas s’exprimer sur les sujets politiques.

« Des gens ont appelé à la liberté d’expression à la Berlinale. La liberté d’expression existe à la Berlinale », a-t-elle dit.

« Mais de plus en plus, on attend des cinéastes qu’ils répondent à toutes les questions qu’on leur pose », a-t-elle écrit, et on les critique s’ils ne répondent pas, ou s’ils répondent « et que nous n’aimons pas ce qu’ils disent ».