Bilans des morts violentes et non-violentes dans le conflit à Gaza : de nouvelles sources directes à partir d’un sondage représentatif de la population

Conclusions : Notre estimation indique 75 200 morts violentes (Intervalle de confiance [IC] à 95% : 63 600–86 800) entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, représentant approximativement 3-4% de la population de la Bande de Gaza avant le conflit. Les femmes, les enfants (ie. moins de 18 ans) et les personnes âgées (ie. plus de 64 ans) constituent 56,2% (IC 95% : 50,4–61,9) des morts violentes, totalisant 42 200 morts (IC 95% : 33 100–51 300). Nous avons aussi estimé qu’il y a eu 16 300 morts non-violentes (12 300–20 200), dont 8540 (4540–12 500) représentent les morts en excédent par rapport aux projections avant le conflit. La donnée de MoH pour cette période (49090 morts violentes) était de 34,7% en-dessous de notre estimation centrale.

Prof Michael Spagat, MDa m.spagat@rhul.ac.ukJon Pedersen, MAbKhalil Shikaki, PhDcMichael Robbins, PhDdProf Eran Bendavid, MD MSeProf Håvard Hegre, PhDfProf Debarati Guha-Sapir, PhDg

DOI: 10.1016/S2214-109X(25)00522-4

Résumé

Contexte : Des estimations de grande qualité sur la mortalité sont cruciales pour comprendre le coût humain d’un conflit. Le ministère de la Santé de Gaza (MoH) a fourni des mises à jour régulières de leur bilan des morts violentes dans la Bande de Gaza après le 7 octobre 2023, mais ces rapports ont reçu à la fois des critiques et des soutiens. Des estimations indépendantes des morts tant violentes que non-violentes étaient nécessaires.

Méthodes : Nous avons mené une enquête représentative de la population auprès des ménages, l’ « Enquête sur la mortalité à Gaza », entre le 30 décembre 2024 et le 5 janvier 2025. Nous avons interrogé 2000 foyers dans 200 unités d’échantillonnage primaires, documentant le statut, de vie ou de mort, des 9729 membres de ces foyers au 6 octobre 2023, plus les nouveaux-nés. L’échantillon a été stratifié par type de logements et gouvernorat d’origine. Nous avons utilisé des procédures de balayage pour ajuster aux caractéristiques démographiques et nous avons calculé les intervalles de confiance en utilisant la linéarisation par séries de Taylor. L’échantillonnage a été effectué dans les zones accessibles, les populations déplacées représentant les gouvernorats inaccessibles.

Conclusions : Notre estimation indique 75 200 morts violentes (Intervalle de confiance [IC] à 95% : 63 600–86 800) entre le 7 octobre 2023 et le 5 janvier 2025, représentant approximativement 3-4% de la population de la Bande de Gaza avant le conflit. Les femmes, les enfants (ie. moins de 18 ans) et les personnes âgées (ie. plus de 64 ans) constituent 56,2% (IC 95% : 50,4–61,9) des morts violentes, totalisant 42 200 morts (IC 95% : 33 100–51 300). Nous avons aussi estimé qu’il y a eu 16 300 morts non-violentes (12 300–20 200), dont 8540 (4540–12 500) représentent les morts en excédent par rapport aux projections avant le conflit. La donnée de MoH pour cette période (49090 morts violentes) était de 34,7% en-dessous de notre estimation centrale.

Interprétation : Cette première enquête démographique indépendante sur la mortalité dans la Bande de Gaza montre que les morts violentes ont excédé de manière importante les chiffres officiels, tandis que la composition démographique des victimes correspond bien au rapport du MoH. Les morts non-violentes en excédent, bien qu’en nombre substantiel, sont inférieures à ce que certaines projections ont suggéré. Ces conclusions montrent la faisabilité de la surveillance de la mortalité dans des zones de conflit actif et fournissent des fondements empiriques cruciaux pour évaluer le véritable coût humain du conflit.

Financement : Subvention du Conseil européen de la recherche 101055176, ANTICIPATE, et du Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres à l’Université catholique de Louvain.