« We did what we could », le legs du travail de MSF à Gaza

L’ONG Médecins sans frontières est contrainte par Israël à stopper ses activités sur les territoires palestiniens à la fin du mois. L’exposition « We did what we could » à Paris jusqu’au 15 février et en ligne, retrace deux années de génocide à Gaza à travers le regard et les témoignages du personnel de l’organisation sur place.

Le chirurgien Mohammed Obeid raconte : ce jour-là, la salle d’opération était pleine, les médecins se sont mis à opérer à même le sol, dans le couloir. On lui amène un enfant, il a neuf ans, le docteur doit l’amputer sous légère sédation seulement parce que les hôpitaux n’ont plus rien, on manque de médicament et de matériel. Voici l’un des témoignages de l’exposition « We did what we could » qui retrace deux années de la campagne génocidaire d’Israël à Gaza, entre 2023 et 2025, à travers les photos, vidéos et témoignages de membres du personnel de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) ainsi que des journalistes palestiniens de l’enclave.

Alors qu’Israël interdit l’accès de Gaza aux journalistes étrangers, ces soignants palestiniens et internationaux sont en première ligne pour constater l’horreur des bombardements indiscriminés qui arrachent les vies, mutilent les corps, la faim qui affaiblit les médecins, les déplacements qui les épuisent et les désorientent et les deuils qui les accablent à répétition. L’exposition entend aussi leur rendre hommage : le docteur Mohammed Obeid a été arrêté par l’armée israélienne le 26 octobre 2024 avec plusieurs autres soignants à l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de la bande de Gaza. Il est toujours en détention.

© MSF

« We did what we could » – on a fait ce qu’on a pu – a été tracé sur un tableau de service dans un autre établissement de santé du nord de Gaza, l’hôpital Al-Awda, par un médecin de MSF, Mahmoud Abu Nujaila, alors qu’ils étaient assiégés par l’armée israélienne et refusaient de partir. Il a été tué un mois plus tard, le 21 novembre 2023. Entre octobre 2023 et octobre 2025, au moins 565 humanitaires ont été tués à Gaza.

Depuis Jérusalem puis la France, j’ai tenté de documenter, à distance, l’horreur du génocide à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Quand MSF m’a proposé d’être la commissaire de cette exposition, dont la première version a été coproduite avec le prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, j’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme de me plonger dans ces témoignages depuis Gaza, si précieux.

Nous l’avons conçue de manière à ce que ces voix palestiniennes soient entendues et amplifiées en France, alternant les récits bruts, les photos, les vidéos, mais dessinant des cartes aussi pour comprendre la géographie contrainte de cette petite langue de terre assiégée. Des images grand format, capturées par de talentueux journalistes qui ont risqué leurs vies, donnent une petite mesure de l’ampleur des destructions qui ravagent Gaza. Aux côtés des statistiques, que l’esprit peine à se représenter, les témoignages déploient une face plus intime de ce que les Palestiniens endurent encore aujourd’hui dans l’enclave.

L’exposition, qui prend le parti de raconter le génocide du point de vue des Palestiniens, a dérangé. La mairie de Toulouse a annulé la tenue de l’exposition dans des locaux de la ville en janvier 2025. Elle a finalement été reprogrammée dans un autre espace, le Hall M dans la gare de Toulouse Matabiau, en juillet dernier.

© MSF

« We did what we could » a été pensé aussi pour laisser une trace, des archives du vécu des Gazaouis pendant ces deux années d’horreur. L’exposition apparaît aujourd’hui comme un legs : MSF et 36 autres ONG vont être contraintes de quitter Gaza et les territoires palestiniens pour avoir refusé de communiquer les listes de leur personnel à Israël. Leur travail va en être considérablement entravé, alors que Donald Trump, le président états-unien, et les dirigeants israéliens rêvent de reprendre en main l’aide humanitaire pour l’instrumentaliser en vue de leurs propres buts politiques. Le fiasco sanglant de la tentative précédente, la Gaza Humanitarian Foundation, laisse craindre le pire.

Les reporters étrangers sont toujours interdits à Gaza par Israël qui a tué plus 290 journalistes palestiniens dans l’enclave depuis le 7-Octobre selon l’ONU. Les travailleurs humanitaires sont désormais empêchés. Les Nations-Unies sont également menacées.

L’exposition « We did what we could » est ouverte jusqu’au 15 février à Paris, dans la Cathédrale de Ground Control, 81 Rue du Charolais, 75012 Paris. Elle est aussi disponible en ligne : https://gazawedidwhatwecould.com/fr

Elle sera visible à Bordeaux, à Darwin écosystème du 12 au 22 mars et à Montpellier, à la Halle Tropisme, du 15 au 26 avril.