Présentation du Tribunal populaire sur la complicité dans le génocide palestinien au sein de l’État espagnol par Ángeles Diez

Présentation d’Ángeles Diez (RUxP, UCM)
pendant la session d’ouverture de TPCGP-25
au nom du Réseau universitaire pour la Palestine
28 novembre 2025, UCM, Faculté de Sciences politiques et de Sociologie

Bienvenue à toutes et tous,

Ceci n’est pas un tribunal juridique, nous ne sommes pas ici pour remplacer une quelconque instance nationale ou internationale. Ceci est un Tribunal d’opinion, un Tribunal de conscience. Nous suivons le sillage des Tribunaux Russell et des tribunaux populaires qui se fondent sur la Déclaration universelle des droits des peuples (Alger, 1976) où il est dit :

« Conscients d’interpréter les aspirations de notre époque, nous nous sommes réunis […] pour proclamer que tous les peuples du monde détiennent un droit égal à la liberté, le droit de s’affranchir de toute ingérence étrangère et de se donner le gouvernement de leur choix ; le droit, s’ils sont asservis, de lutter pour leur libération et le droit de bénéficier, dans leur lutte, de l’assistance des autres peuples. »

Nous sommes ici pour assumer notre responsabilité envers la justice et la vérité, en tant qu’universitaires, étudiants, professionnels, citoyennes et citoyens. Nous sommes ici pour porter témoignage des faits quotidiens, des opérations administratives, des politiques, de tout ce qui est source et moteur du colonialisme, du génocide du peuple palestinien et, par là même, de notre déshumanisation, parce que consentir — ou nous réfugier dans l’impuissance devant l’extermination coloniale des Palestiniens — est le dernier stade de notre déshumanisation.

Nous ne voulons pas nous substituer aux voix palestiniennes. Nous n’allons pas dénoncer le gouvernement de Netanyahou ni l’État sioniste qui commet les crimes horribles que nous contemplons tous les jours. Il ne fait pas sens de dire au meurtrier de lâcher son arme meurtrière. Il existe déjà suffisamment de rapports, de résolutions et de déclarations. Pour cela, il y a les comptes rendus de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, la requête que présente l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, le jugement consultatif de cette même Cour internationale, etc. Nous croyons que, en ce moment, notre rôle est autre.

Il y a quelques jours, Francesco Albanese nous a dit :

« Le génocide d’aujourd’hui est quelque chose de différent. Il est ouvertement encouragé, cyniquement nié, il est soutenu, armé et utilisé comme une arme sans répit, pendant que ceux qui s’y opposent sont réduits au silence, frappés, criminalisés et diffamés. »

Il y a longtemps que le nettoyage ethnique est une évidence, un objectif explicite est et reconnu par ceux qui l’ont déclenché et le perpétuent jour après jour. L’apartheid est également un fait indiscutable. Il est la structure administrative nécessaire pour le colonialisme de peuplement israélien. Cependant, ce qui n’est pas aussi évident, c’est le rôle que jouent nos États et nos institutions, organisations et entreprises dans le maintien de la structure génocidaire. Il n’est pas non plus évident de savoir qui, dans l’État espagnol, avec leurs noms complets, sont derrière l’enrichissement, le commerce colonial et l’ethnocide.

Nous ne voulons pas recourir à la pratique si habituelle des universitaires de victimiser les Palestiniens, dans le meilleur des cas, et, dans le pire, de les convertir en objets d’étude et de recherche. Nous ne parlerons pas dans ce Tribunal au nom des Palestiniens. Nous contextualiserons le crime et nous nous focaliserons sur « les nôtres » : les entrepreneurs, les politiciens, les gestionnaires, les journalistes, les banquiers, les recteurs…

Il n’est pas nécessaire d’enquêter beaucoup pour rencontrer les politiques racistes et génocidaires de l’État sioniste israélien, mais quand nous entreprenons de découvrir les soutiens internationaux qui permettent cette situation — et la RUxP a passé plus d’une année à cette tâche —, alors nous nous heurtons à un mur d’opacité, avec un nombre infini de ressources, de normes, de connivences, de récits, de lâchetés et de distanciations que nos pays européens engendrent, rendant possible le génocide qu’a perpétré l’État sioniste israélien contre les Palestiniens.

Nous voulons rendre compte, nous voulons raconter et démontrer que le génocide est une pratique sociale incrustée dans l’identité occidentale européenne.

Si le seuil, comme dit Agamben, est l’espace dans lequel peuvent se produire les changements, les passages et aussi les phénomènes de flux et de reflux, comme dans les marées, en Palestine, il y a longtemps que le seuil a été franchi. Plus rien ni personne ne peut retourner en arrière. Nous ne pouvons pas revenir au point où nous aurions pu encore freiner le génocide. Pendant ce temps, nous, les Européens, sommes devenus les spectateurs du génocide, et pour justifier notre impuissance, nous faisons des déclarations, des promesses et des reconnaissances. Et l’extermination et le pillage ont continué, continuent encore, aujourd’hui, maintenant, en ce moment même.

Ce Tribunal part de deux idées que nous allons étayer avec les investigations, les témoignages et les rapports de beaucoup de ceux et celles qui nous accompagnent aujourd’hui. Ces deux idées sont :

1) que le sionisme, comme le colonialisme, ne se soutient pas tout seul

et 2) que la cause palestinienne est la cause de l’humanité.

Ce tribunal n’est pas un pont entre la cause palestinienne et notre société. Ce tribunal est la tentative de construire un espace collectif afin de lutter contre l’impunité. Nous parlerons de co-responsabilité, de coopération nécessaire et de complicité. Nous dresserons un portrait des structures — qui sont de fait structurantes — d’un quotidien qui cache le sang dont il s’alimente : le sang palestinien.

Nous considérons aussi comme notre devoir d’en finir avec le discours humanitaire dominant dans nos rangs universitaires. Notre arrogance nous convertit souvent en tireurs aux mains propres de sang, mais pleines des cadavres qui continuent à être assassinés — comme Mohammed El-Kurd. Ce tribunal n’est pas neutre. La neutralité ne sert pas à rendre justice, mais tout le contraire. La neutralité tue. La neutralité est la complicité sous couverture.

Cette première édition du Tribunal résulte de six mois de travail dans sept équipes de coordination, avec des dizaines de participants enquêtant, compilant et documentant les complicités avec le génocide palestinien.

Nous avons une présidence partagée : la professeure d’études arabes et islamiques Luz Gómez, de l’Université autonome de Madrid et la professeure Rabab Abdulhadi, senior scholar et directrice du département d’Études sur les ethnicités et les diasporas arabes et musulmanes à l’Université d’État de San Francisco [avec Raji Sourani comme président d’honneur].

Pendant ces journées, répartis par tables, nous aborderons la complicité et la coopération avec l’occupation et le génocide de nos institutions universitaires et scientifiques, des banques et des industries d’armement, des entreprises qui opèrent dans le secteur immobilier, la construction, le système sanitaire, les fédérations sportives, les agents culturels, les médias, nous aborderons la répression par les forces de sécurité de l’État … à chaque table nous aurons une présidence, un secrétariat juridique, des témoignages et des déclarations. De chaque table, il résultera une Résolution et, dans la session de clôture, la présidence du Tribunal rendra compte d’une Résolution finale qui résumera le travail réalisé à chacune des tables.

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