Nous, citoyen.nes, artistes, tenons encore à la vérité. Nous apportons par conséquent tout notre soutien à Francesca Albanese, défenseure du droit des peuples, donc, aussi, du peuple palestinien, à exister. Cet ordre international criminel, ce système, ne saurait avoir le dernier mot. C’est une simple question de survie collective. Nous sommes infiniment plus nombreux, aux quatre coins de la Terre, à vouloir que la force ne fasse plus loi. À savoir ce que le mot « droit » signifie véritablement.
Prenons deux déclarations.
La responsabilité de la France « est de veiller à ce que le droit international humanitaire puisse être respecté ». La chose est dite le 30 octobre 2025. « Nous défendons le droit international et la libertés des peuples ». La chose est dite le 5 janvier 2026.
C’est beau. Nous applaudissons tous. Il se trouve que la première a été faite par un certain Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, au cours d’une conférence intitulée « Sauvegarder le droit international humanitaire », et la seconde par Emmanuel Macron en personne, en plein conseil des ministres.
Il se trouve aussi que, depuis le début de la guerre génocidaire qu’Israël mène contre la bande de Gaza, la France agit à l’opposé. Rappelons-le, s’il est encore besoin : à suivre l’armée israélienne elle-même, 83 %, au moins, des personnes assassinées sont des civils. Qu’a fait, face à cela, l’État français en maintenant plus de deux ans ? Il n’a pris aucune sanction contre un État bafouant ouvertement – et même fièrement – le droit international et le droit international humanitaire. Pire : à travers un soutien politique, diplomatique, moral et matériel1, l’État français, à l’instar de nombre de ses homologues européens, à permis à ce massacre insensé de continuer, contrevenant par là même à l’ensemble de ses obligations juridiques. Le 29 juillet 2025, une plainte contre Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot ainsi que d’autres membres de l’exécutif français a ainsi été déposée par 114 avocats devant la CPI, pour « complicité de génocide à Gaza ».
Israël peut donc poursuivre son œuvre de mort sous nos yeux. Son gouvernement annonce de nouveaux plans d’annexion de la Cisjordanie, enterrant dans les faits toute possibilité d’un État palestinien. Il annonce le désenregistrement de 37 ONG internationales, compromettant l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Quant à la Knesset, elle vient de passer en première lecture une loi prévoyant la peine de mort rétroactive pour les prisonniers palestiniens accusés de meurtre – cette loi ne s’appliquant pas aux Israéliens. Que fait la France en retour ? Elle s’attaque, par la voix dudit ministre des Affaires étrangères, à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations-Unies sur les territoires palestiniens occupés. On a bien lu. Mais on n’est plus tout à fait surpris.
Le 11 février dernier, Jean-Noël Barrot a ainsi réclamé la démission de Francesca Albanese. Il fallait tout de même trouver un motif. Des propos. Et même des propos « outranciers et coupables » : la juriste italienne a déclaré quelques jours plus tôt, le 7, qu’« Israël est l’ennemi commun de l’humanité ». Ces propos deviennent une citation ; virale, évidemment. Sauf que : ces propos, elle ne les a pas tenus. Barrot, et ses nombreux relais, mentent au grand jour.
Écoutez plutôt la prise de parole de la rapporteuse spéciale des Nations-Unies. Alors vous l’entendrez distinctement dire ceci, en anglais : « Le fait que, au lieu de freiner Israël, la majeure partie du monde l’ait armé, lui ait fourni des excuses politiques, un abri politique ainsi qu’un soutien économique et financier : c’est un défi. Le fait que la majeure partie des médias dans le monde occidental ait amplifié le récit pro-apartheid et celui du génocide constitue un défi. Et, en même temps, cela crée une opportunité. Parce que si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté mondiale n’avait été confrontée aux défis que nous affrontons tous. Nous, qui ne contrôlons pas de grandes quantités de capitaux financiers, d’algorithmes ni d’armes, nous voyons maintenant que nous avons, en tant qu’humanité, un ennemi commun2. » Sur X, elle poursuit le 9 février : cet ennemi commun « est LE SYSTÈME qui a permis le génocide ». Et de répéter : capital, algorithmes, armement.
Mais la vérité, quelle importance ?
Nous, citoyen.nes, artistes, y tenons encore. Nous apportons par conséquent tout notre soutien à Francesca Albanese, défenseure du droit des peuples, donc, aussi, du peuple palestinien, à exister. Cet ordre international criminel, ce système, ne saurait avoir le dernier mot. C’est une simple question de survie collective. Nous sommes infiniment plus nombreux, aux quatre coins de la Terre, à vouloir que la force ne fasse plus loi. À savoir ce que le mot « droit » signifie véritablement.
Premiers signataires :
Julie Allione
Joseph Andras
Nicole Ansari
Aimilios Arapoglou
Asia Argento
Swann Arlaud
Marion Barbeau
Pierre-Emmanuel Barré
Mehdi Baki
Etienne Balibar
Jeanne Balibar
Bonnie Banane
Javier Bardem
Michael Barenboim
Kaouther Ben Hania
Ella Benoît
Malek Bensmail
Dali Benssalah
Flavien Berger
Grégory Bonnefond
Bastien Bouillon
Rachida Brakni
Judith Butler
Eric Cantona
Amira Chebli
Nadim Cheikhrouha
Judith Chemla
Sidi Larbi Cherkaoui
Mona Chollet
Camille Constantin
Brian Cox
Charles-Alexandre Creton
Sinéad Cusack
Fatima Daas
Selma Dabbagh
Alain Damasio
Slimane Dazi
Alice De Lencquesaing
Robert Del Naja (Massive Attack)
Émilie Deleuze
Marie Denarnaud
Caroline Deruas Peano
Alassan Diawara
Juan Diego Botto
Cyril Dion
Emmanuel Dror
Tiga Ducasse
Victoire Du Bois
Mohamed El Khatib
Ouidad Elma
Brian Eno
Annie Ernaux
Camille Etienne
Cécile Fisera
Anna Foglietta
Peter Gabriel
Blanche Gardin
Aurélia Georges
Andy Gillet
Nan Goldin
Denise Gough
Samir Guesmi
Alain Guiraudie
Arthur Harari
Cécile Hercule
Billy Howle
Annemarie Jacir
Damien Jallet
Camélia Jordana
Asif Kapadia
Samah Karaki
Aki Kaurismaki
Mehdi Kerkouche
Saja Kilani
Naomi Klein
Nicolas Klotz
Balthazar Lab
Ariane Labed
Adam Laloum
Yorgos Lánthimos
Meriem Laribi
Alex Lattuada
Radouan Leflahi
Saido Lehlouh
Mike Leigh
Marie Lemarchand
Annie Lennox
Florence Loiret Caille
Boris Lojkine
Sabrina Lorre
Motaz Malhees
Malik
Miriam Margolyes
Bachar Mar Khalife
Gabor Maté
Rayane Mcirdi
Médine
Fernando Meirelles
Florence Mendez
Eric Minh Cuong Castaing
Dominik Moll
Indya Moore
Laura Morante
Anna Mouglalis
Peter Mullan
Nadine Naous
Thi-Mai Nguyen
Sofia Norlin
Alison Oliver
Christophe Paou
Paul Pascot
Élisabeth Perceval
Gabriel Pidoux
Nahuel Perez Biscayart
Pomme
Olivier Rabourdin
Odessa Rae
Rachel Raoult
Residente
Sophie de la Rochefoucauld
Jacqueline Rose
Déborah Rouach
Mark Ruffalo
Rosa Salazar
Maud Santini
Susan Sarandon
Aloïse Sauvage
Pierre Schoeller
Céline Sciamma
Frah Shaka Ponk
Samaha Shaka Ponk
Eyal Sivan
Morgan Spector
Charles Souchon
Juliet Stevenson
Mara Taquin
Yann Tiersen
Ana Tijoux
Roland Timsit
Claire Touzard
Mihai Tranca
Béatrice Treilland
Sandrine Triquet
Martin Tronquart
Wim Vandekeybus
Vanupié
Pamela Varela
Alice Walker
Harriet Walter
Natasha Walter
Feda Wardak
Saul Williams
Maud Wyler
- Des enquêtes journalistiques et d’ONG – comme Disclose – ont documenté la poursuite de l’exportation de composants militaires français vers Israël après le 7 octobre 2023. ↩︎
- « The fact that instead of stopping Israel, most of the world has armed it, given it with political excuses, political sheltering, economic and financial support: this is a challenge. The fact that most of the media in the Western world has been amplifying the pro-apartheid, the genocide narrative, is a challenge. And at the same time, her also lays the opportunity. Because if international law has been stabbed in the heart, it’s also true that never before the global community has seen the challenges that we all face. We, who do not control large amounts of financial capitals, algorithms and weapons. We now see that we, as a humanity, have a common enemy. » ↩︎
