Le Prix Israël va être refusé à un professeur pour son soutien au boycott en Cisjordanie

| Shira Kadari-Ovadia et Or Kashti pour Haaretz | Traduction SF pour l’AURDIP |

« Je ne peux pas décerner le prix Israël pour des réalisations académiques, aussi impressionnantes soient-elles, (à quelqu’un) qui appelle au boycott des institutions académiques en Israël » dit la ministre de l’éducation


La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton a confirmé jeudi la décision de son prédécesseur de refuser le prestigieux Prix Israël à un professeur de gauche sur la base de son soutien au boycott d’une institution académique dans une colonie de Cisjordanie.

Le prédécesseur de Shasha-Biton, Yoav Gallant, a informé en juin le procureur général Avichaï Mendelbit qu’il avait pris la décision finale de refuser le Prix Israël en mathématiques et informatique au professeur Oded Goldreich, dans une de ses dernières actions en tant que ministre. La Cour Suprême a invalidé la décision en août et a laissé à Shasha-Biton le choix de décider si elle approuvait la décision de Gallant.

« Je ne peux pas décerner le prix Israël pour des réalisations académiques, aussi impressionnantes soient-elles, (à quelqu’un) qui appelle au boycott des institutions académiques en Israël » disait la déclaration du ministre de l’éducation. « L’objectif principal du Prix Israël est d’encourager la créativité, l’excellence et la recherche », est-il ajouté.

Son appel au « boycott des institutions académiques en Israël dessert cet objectif, au sens où il cherche à porter atteinte à la créativité, à la diversité et à la liberté d’opinion » a écrit Shasha-Biton dans sa décision. Elle a dit que le soutien de Goldreich au boycott de l’Université d’Ariel « constitue un cas exceptionnel justifiant le choix de ne pas donner le prix au nominé, en dépit de ses réalisations professionnelles impressionnantes dans son domaine de recherche ».

Trois affirmations spécifiques ont été citées pour justifier le fait de priver Goldreich de ce prix : il a signé une lettre critique sur la coopération de l’Université Bar-Ilan avec l’Université d’Ariel en 2005 ; il a signé en 2008 une pétition contre des entreprises censées contribuer à l’occupation et cette année il a signé une autre pétition contre l’Université d’Ariel.

Gallant avait rejeté la position de Goldreich selon lequel son soutien au boycott d’une institution académique située en Cisjordanie est un acte politique : « l’Université d’Ariel n’est pas une entité politique. Son activité ne vise pas un objectif politique, mais plutôt la promotion de la recherche et de la science » a écrit Gallant.

Goldreich a dit que la position de Gallant n’était « qu’un petit pas de plus dans un processus de délégitimation de la gauche en Israël. Le ministre de l’Éducation veut m’empêcher de recevoir le prix juste à cause de mes opinions, parce que je suis de gauche. C’est tout » a-t-il dit.

L’Institut Scientifique Weizmann, où Goldreich enseigne, a critiqué la décision, disant que « le professeur Goldreich est un scientifique majeur et respecté dans son champ de recherche où il contribue significativement à l’avancée de la science et à la diffusion du savoir pour le bénéfice de tout le genre humain… dans une société démocratique, le principe de la liberté d’expression doit être préservé en tant que principe suprême et les déclarations politiques ne devraient pas être prises en considération en ce qui concerne les récipiendaires du Prix Israël ».

L’avocat de Goldreich, Michael Sfard, a qualifié cette décision de « coup mortel porté au Prix Israël, qui montre qu’une distinction censée récompenser une réussite professionnelle récompense en fait ceux qui évitent de critiquer la politique du gouvernement ».

Les juges Noam Sohlberg et Yaël Willner ont fait part de l’opinion majoritaire dans la Décision de la Cour Suprême, tandis que le troisième juge du panel, Isaac Amit, a publié une opinion divergente selon laquelle le prix devrait être décerné au professeur Goldreich.

Tous les trois ont critiqué Gallant, Amit disant que le ministre avait pris en considération- des éléments non pertinents.

La députée Aïda Touma-Sliman a défendu le professeur Goldreich en disant : « le boycott de l’Université Ariel est un acte important et c’est une action politiquement juste contre l’injustice de l’occupation ».

Ayman Odeh, la tête de liste de la Liste Commune, a répondu de la même façon, appelant cette décision « embarrassante et obscure ».