Le boycott des produits et des institutions de l’apartheid israélien : un droit et un devoir


Depuis 2009 et le lancement de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) en France, l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (l’AURDIP) s’est toujours publiquement élevée et mobilisée contre les tentatives des autorités françaises visant à pénaliser ceux qui appellent au boycott des produits israéliens : circulaires Alliot-Marie et Mercier, harcèlement policier des militants BDS, poursuites pénales des parquets, arrêt de la Cour de cassation de 2015.

L’AURDIP a pris position à d’innombrables reprises contre ces tentatives que ce soit à l’occasion de colloques, forums, manifestations ou de communiqués, éditoriaux et articles publiés sur notre site internet ou dans la presse.

On retiendra, parmi d’autres, nos démarches auprès du ministère de la justice et une tribune publiée dans Le Monde en 2014 sur le sujet signée par Ivar Ekeland, Rony Brauman et Ghislain Poissonnier.

L’AURDIP a toujours considéré que le boycott des produits israéliens constitue un acte citoyen militant pacifique et légitime s’inscrivant dans la droite ligne des campagnes menées en Inde, en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis en faveur de l’égalité des droits. Les membres de l’AURDIP n’achètent pas de produits israéliens comme le leur demande la société civile palestinienne et le revendiquent.

Notre association a toujours soutenu que l’appel public au boycott des produits israéliens était protégé par la liberté d’expression. Les membres de l’AURDIP ont appelé au boycott des produits israéliens et en sont fiers.

Le boycott des produits israéliens est nécessaire pour faire pression sur Israël et son économie, tant qu’Israël viole le droit international en toute impunité. Le débat public sur cette question est indispensable.

L’AURDIP est restée fidèle à ses convictions, malgré les déclarations péremptoires d’une grande partie de la classe politique française assurant qu’il était illégitime et illégal de boycotter les produits israéliens.

Alors bien sûr, quand la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), dans un arrêt rendu à l’unanimité de ses juges, le 11 juin 2020, désavoue de manière cinglante les autorités françaises qui ont, selon elle, violé la liberté d’expression de militants BDS ayant appelé au boycott de produits israéliens dans des supermarchés, notre association ne peut que se réjouir.

Dans un attendu limpide, la CEDH indique que « d’une part, les actions et les propos reprochés aux requérants concernaient un sujet d’intérêt général, celui du respect du droit international public par l’État d’Israël et de la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, et s’inscrivaient dans un débat contemporain, ouvert en France comme dans toute la communauté internationale. D’autre part, ces actions et ces propos relevaient de l’expression politique et militante » (§78).

On pourrait engager le procès des autorités françaises et notamment d’une partie de la classe politique qui, relayant les éléments de langage du gouvernement israélien, ont cherché pendant près de dix ans, par le biais de cette pénalisation, à étouffer la mobilisation des citoyens de bonne volonté pour le respect du droit international en Palestine. On pourrait stigmatiser tous les conseillers, fonctionnaires, policiers et magistrats soumis et zélés qui ont accepté de contribuer à cette pénalisation à rebours des valeurs qui doivent être celles d’un régime démocratique comme la France.

Telle ne sera cependant pas notre attitude. Nous devons continuer à être fidèle à nos convictions et ne pas nous disperser dans une démarche qui serait guidée par l’amertume, voire la colère, tant certains de nos membres ont été diffamés et attaqués en raison de leur soutien au boycott des produits israéliens et l’action de notre association a été entravée, notamment pour obtenir des salles dans les universités ou organiser des manifestations.

Au contraire, nous irons de l’avant. Comme nous le demande la société civile palestinienne, nous devons travailler et nous mobiliser en faveur de l’amplification de la campagne de boycott des produits israéliens. Nous devons également élargir et approfondir nos actions en faveur d’un boycott des universités israéliennes, complices d’un régime qui viole sans cesse le droit international.

Tous ensemble, mobilisons-nous.

Joseph Oesterlé
Président de l’AURDIP
Professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie

Ghislain Poissonnier
Magistrat