La Chambre du Massachusetts rejette la définition pervertie de l’antisémitisme proposée par l’IHRA

| Elsa Auerbach et Cole Harrison pour Mondoweiss | Traduction CG pour l’AURDIP |

Des militants se sont mobilisés pour mettre en échec un projet de loi à la Chambre des représentants du Massachusetts, projet qui aurait conduit à l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA dans l’état.


Ce mercredi, la Chambre des représentants du Massachusetts a rejeté un amendement qui aurait conduit cet état [des Etats-Unis], dans sa législation sur la discrimination religieuse, à adopter la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, une définition qui assimile la critique d’Israël avec de l’antisémitisme.

L’amendement problématique, appelé « Condamnation de l’antisémitisme et adoption de la définition de l’IHRA » a été proposé par Steve Howitt (de Seekonk, MA) en tant qu’amendement #300 au projet de loi sur le budget de l’état, H.4000.

Avec seulement deux jours pour réagir avant que l’amendement ne soit discuté, les associations Jewish Voice for Peace-Boston [Voix juives pour la paix -Boston], Massachusetts Peace Action [Action pour la paix - Massachusetts], Alliance for Water Justice in Palestine [Alliance pour la justice de l’eau en Palestine] et Unitarian-Universalists for Justice in the Middle East [Universalistes unitariens pour la justice au Moyen-Orient] se sont mobilisées rapidement et ont contacté des représentants et des défenseurs des droits palestiniens. Plus de 400 personnes ont écrit à Aaron Michlewitz, président du Comité des voies et moyens de la Chambre, à d’autres leaders de ce comité, à leurs propres représentant et sénateur, en les avertissant des graves dommages qui seraient causés par l’amendement. Des législateurs ont aussi exprimé leur opinion. Une représentante progressiste, Liz Malia, qui avait signé en faveur de l’amendement en pensant que c’était une mesure anti-discrimination légitime, s’est retirée de la liste de ses soutiens lorsqu’elle a compris ce qu’il signifiait vraiment. L’amendement a alors été supprimé par le Comité des voies et moyens, ce qui l’a de fait éliminé.

Nous condamnons l’antisémitisme, l’islamophobie et toutes les formes de racisme. Mais cet amendement est une mauvaise voie pour combattre la haine contre les juifs.

La définition de l’IHRA est extrêmement controversée. Plus de deux cents experts du monde entier sur l’antisémitisme, l’holocauste et les études juives, ayant signé la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, ont désavoué la définition de l’IHRA comme inadéquate et prêtant à confusion. Ils ont demandé aux organisations gouvernementales de ne pas la valider. L’American Civil Liberties Union, le Centre for Constitutional Rights, la Foundation for Individual Rights in Education, la National Lawyers Guild, et d’autres organisations de défense des droits civiques l’ont condamnée pour des motifs constitutionnels. Plus de vingt organisations juives basées aux Etats-Unis s’opposent à sa codification dans la loi.

La définition de l’ IHRA est trompeuse. Plutôt que de se concentrer sur les attaques des suprémacistes blancs de droite contre les juifs, cette définition promeut l’opinion qu’il est antisémite de critiquer les violations israéliennes des droits humains, du droit international et de la discrimination contre les Palestiniens. Cela rend de fait plus difficile d’identifier des formes réelles de haine anti-juive.

La définition menace de réduire au silence notre libre expression afin de protéger Israël. S’exprimer sur les violations des droits humains et du droit international est un discours politique protégé qui n’a rien à voir avec la discrimination basée sur la religion. Le Premier amendement [de la Constitution des Etats-Unis] protège notre droit à condamner les politiques de n’importe quel gouvernement.
Il ne s’agit que d’une tentative de plus de M. Howitt (après les échecs de ses multiples projets de lois et amendements passés) pour faire que les législateurs du Massachusetts sanctionnent ceux qui s’opposent aux politiques israéliennes. Félicitations à ceux qui se sont mobilisés rapidement et ont réussi à stopper cet amendement anti-démocratique !

Cette expérience met une fois de plus en lumière à quel point les procédures suivies par la Chambre des représentants du Massachusetts sont extrêmement confidentielles et non démocratiques. Des amendements cruciaux sont décidés trois jours après être affichés. La réunion dans laquelle l’amendement est discuté n’est pas ouverte au public, ni même au personnel législatif, mais seulement aux législateurs et aucune transcription de la discussion n’est publiée. L’amendement a été rejeté par le leadership du comité des Voies et moyens, qui a ensuite proposé un ensemble d’amendements. Cet ensemble a alors été voté, quelques heures plus tard, par un vote de 159 voix favorables à 0 contre et 1 non votant. L’organisation Act on Mass a fait campagne pour que la Chambre fasse son travail dans une complète transparence. La Chambre a manqué de transparence cette semaine de manière abyssale, comme chaque semaine, même si le résultat a été satisfaisant dans ce cas.

Elsa Auerbach est professeur émérite à l’université de Massachusetts Boston, et membre de Jewish Voice for Peace Boston.

Cole Harrison est directeur exécutif de Massachusetts Peace Action.