L’AURDIP demande au CNRS de revoir la coopération scientifique franco-israélienne à la lumière de la jurisprudence russe

| Ivar Ekeland, AURDIP |

Professeur Antoine Petit,
Président-directeur général du CNRS

Monsieur le Président,
Cher collègue,

En réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, survenue le 24 février, le CNRS a fait savoir le 2 mars qu’il suspendait toute forme de collaboration scientifique avec la Russie, et annulait tous les événements scientifiques à venir impliquant la Russie.

Je m’empresse de dire que l’AURDIP approuve cette initiative, qui est largement en avance sur la position du MEA et de sa tutelle le MESRI, dont le site ne parle aucunement de sanctions. Nous nous associons pleinement à l’exposé des motifs, à savoir « La science n’a pas de frontières mais les valeurs que toutes les communautés scientifiques portent et partagent ne peuvent tolérer cette guerre. Le CNRS se félicite de la prise de position courageuse de plusieurs centaines de scientifiques russes qui se sont élevés contre cette agression »

La raison pour laquelle je vous écris de nouveau, après nos précédents échanges, est que nous nous demandons pourquoi cette jurisprudence ne s’appliquerait pas à la coopération franco-israélienne. Israël occupe et colonise depuis 1967 des territoires palestiniens conquis par la force, au mépris du droit international comme l’ont constaté des centaines de résolutions de l’ONU, et a enfermé les populations captives dans un mur que la Cour Internationale de Justice a jugé illégal, condamnant Israël à le démanteler, à indemniser les victimes et enjoignant tous les états signataires de la Quatrième convention de Genève, dont la France, à « faire respecter par Israël le droit humanitaire incorporé dans cette convention ». Et je ne parle pas ici de la bande de Gaza, soumise périodiquement (2009, 2012, 2014, 2021) à des invasions de troupes au sol et à des bombardements aériens dans des villes densément peuplées, dont les résultats, en terme de femmes et d’enfants tués, d’hôpitaux, d’écoles et d’infrastructure détruits, ne laissent rien à envier, toutes proportions gardées, à ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine

Cette situation a des conséquences directes sur la coopération scientifique avec les enseignants et les chercheurs palestiniens. Pour ne citer que le dernier exemple, le ministère de la Défense israélien s’est arrogé le droit de choisir qui, parmi les scientifiques étrangers, pourra travailler dans une université palestinienne, et qui, parmi les étudiants étrangers, pourra étudier dans une université palestinienne.

Il nous semble, Monsieur le Président, que « la science n’a pas de frontières, mais que les valeurs que toutes les communautés scientifiques portent et partagent ne peuvent supporter cette guerre », qu’il s’agisse de l’invasion de l’Ukraine ou de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza. Il nous semble qu’il est grand temps de rendre hommage aux scientifiques israéliens qui se sont élevés, et continuent à s’élever contre cette agression. Il nous semble enfin que la coopération scientifique franco-israélienne devrait être revue à la lumière de la jurisprudence russe, au niveau du CNRS comme à celui des laboratoires.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président et cher collègue, l’expression de mes sentiments les meilleurs

Ivar Ekeland
Président de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine AURDIP
Membre de l’Académie Palestinienne des Sciences