Des soldats israéliens retiennent deux enfants de 8 et 10 ans au checkpoint d’Hébron pendant plus de 5 heures


Le lundi 12 septembre 2022, vers 12 H.30, deux soldats stationnés au Checkpoint 160 (Diwan al-Rajabi) au centre d’Hébron ont arrêté deux frères palestiniens, Hamam (8 ans) et Ghazi (10 ans) Maharmeh alors qu’ils rentraient chez eux depuis l’école de l’UNRWA située à environ 250 mètres. Les soldats ont fait asseoir par terre les deux enfants à l’extérieur du checkpoint, puis plus tard les ont fait entrer à l’intérieur où on les a interrogés sur le fait qu’ils auraient jeté des pierres sur le checkpoint. Personne n’a informé leur famille pour dire qu’ils étaient arrêtés.

Les soldats ont alors fait asseoir les enfants sur le sol de la pièce pendant environ une heure. Entre temps, leur père, Wael Maharmeh, est arrivé au checkpoint après avoir cherché ses fils absents et entendu parler de leur détention. Maharmeh a plaidé longuement leur cause avec les soldats qui, finalement, ont amené les enfants jusqu’à un passage clôturé dans l’enceinte du checkpoint afin que leur père puisse les voir et leur faire passer des boissons. Les soldats ont retenu les enfants au checkpoint jusqu’à environ 6 H. du soir, quand les représentants de la Croix Rouge sont arrivés. Wael Maharmeh a attendu à l’extérieur du checkpoint tout ce temps avec son fils âgé de trois ans.

Alors que les détails de cette affaire sont peut-être extrêmes, elle n’est pas inhabituelle en elle-même. Les incidents de cette sorte sont bien trop habituels pour les Palestiniens du centre d’Hébron – et de toute la Cisjordanie – qui vivent une routine quotidienne de violence par les forces de sécurité, qui parfois s’étend jusqu’aux jeunes enfants. Les soldats n’ont pas fait une erreur et n’ont pas non plus mal compris le protocole – ils appliquaient la politique du régime d’apartheid israélien.

Ghazi Maharmeh et son père ont délivré leurs témoignages à l’enquêteur de terrain de B’Tselem Manal al-Ja’bari le 19 septembre 2022 :

Wael Maharmeh (45 ans), père de quatre enfants, du centre d’Hébron :

Je vis avec ma femme et nos quatre enfants de trois à dix ans dans le quartier d’al-’Aqqabah de la Vieille Ville d’Hébron. Le 12 septembre 2022 vers 13 H., l’enseignant du pré-scolaire a appelé pour dire que mes deux aînés, Ghazi et Hamam, n’avaient pas pris leur frère Hares (3 ans) comme d’habitude. Cela m’inquiéta beaucoup et je suis allé récupérer Hares. Puis je suis allé avec lui à l’école de l’UNRWA où vont mes garçons, mais elle était alors vide. Alors que j’étais là, un professeur de l’école m’a appelé et m’a dit que les soldats les avaient pris et les détenaient au Checkpoint 160.

Je suis allé au checkpoint avec Hares et là, j’ai parlé à un soldat. Il a dit qu’ils détenaient mes garçons dans une pièce à l’intérieur du checkpoint parce qu’ils avaient lancé des pierres. J’ai essayé d’expliquer au soldat qu’ils étaient jeunes et aussi qu’ils étaient nouveaux à l’école, et donc que je ne croyais pas qu’ils avaient lancé des pierres. J’ai demandé aux soldats de me laisser les voir, mais ils ont refusé et m’ont ordonné de partir du checkpoint.

Je me suis assis avec Hares près de la barrière à côté du tourniquet et j’ai refusé de bouger sans mes gamins. Le soldat à qui j’avais parlé s’est mis en colère et a commencé à me parler agressivement. Il m’a mis en communication avec quelqu’un qui s’est présenté comme un officier et m’a dit que mes enfants avaient lancé des pierres sur les soldats. Quand j’ai dit que ce n’était pas vrai, il m’a ordonné d’attendre tranquillement sans provoquer de trouble jusqu’à ce que la police arrive pour mener son enquête. Puis il a raccroché.

J’ai attendu près du checkpoint pendant environ une heure sans voir mes garçons. J’ai alors demandé au soldat de leur donner de l’eau, et il m’a dit qu’il n’avait que sa propre eau. Je suis allé au magasin, ai acheté de l’eau et du jus de fruit et j’ai demandé aux soldats de les faire passer à mes gamins. Les soldats ont alors fait sortir mes enfants par la coursive en métal. Hamam était effrayé et pleurait. Je leur ai donné l’eau et le jus et leur ai parlé afin de les distraire et de les rassurer.

Il y avait là une représentante des CPT (Equipes Communautaires d’Artisans de la Paix) qui a essayé de filmer les enfants sans se faire remarquer, après que les soldats le lui aient interdit. Les soldats ont tenu les enfants dans la coursive de métal, qui ressemble à une cage, jusqu’à 6 heures du soir. Pendant ce temps, j’ai parlé avec le DCO (agent de contrôle) palestinien et la Croix Rouge. Comme cela n’a pas aidé, je me suis mis à envoyé des requêtes sur Whatsapp pour obtenir de l’aide d’organisations de défense des droits de l’homme. A un moment, un véhicule de la Croix Rouge est arrivé. Ce n’est qu’alors que mes enfants ont été relâchés – après environ cinq heures et demie au checkpoint. Ils étaient épuisés, affamés et effrayés, et leur visage était pâle. Je les ai ramenés à la maison. En chemin, j’ai essayé de les calmer et de plaisanter avec eux afin qu’ils se sentent mieux.

Ghazi (10 ans), élève de CM2 :

L’école a fini vers midi et demi et je me suis dirigé vers la maison avec mon frère Hamam, qui va à la même école. Soudain, une jeep de l’armée israélienne s’est arrêtée à côté de nous et deux soldats en sont sortis. Ils nous ont agrippés Hamam et moi, nous ont parlé en arabe et ont essayé de nous mettre dans la jeep. Nous avons refusé d’y aller et avons crié et pleuré. Alors, au lieu de nous mettre dans la jeep, ils nous ont fait asseoir derrière elle.

Il y avait là une femme que j’ai reconnue parce qu’elle surveille toujours les enfants qui traversent le checkpoint près de l’école. Elle est venue et nous a demandé nos noms, et les soldats lui ont crié dessus et l’ont fait partir. Après qu’elle soit partie, les soldats nous ont emmenés au Checkpoint 160 et nous ont mis dans une pièce. Hamam pleurait et suppliait les soldats de nous laisser tranquilles. Quand ils nous ont fait entrer dans le checkpoint, un soldat m’a demandé en arabe pourquoi j’avais jeté des pierres. Il voulait aussi que nous lui donnions les noms des enfants qui jettent des pierres. Je lui ai dit que c’était notre première année dans cette école et que nous ne connaissions personne. Il m’a ordonné de la fermer et d’attendre dans cette pièce que la police vienne nous chercher.

Il nous a fait asseoir par terre. Nous avons attendu comme ça pendant environ une heure, jusqu’à ce que j’entende la voix de mon père à l’extérieur du checkpoint. Il parlait avec les soldats en hébreu. Hamam a recommencé à pleurer et j’ai essayé de le calmer et de le tranquilliser. Les soldats nous ont emmenés jusqu’à un passage avec une clôture en fer et notre père nous a donné de l’eau et du jus de fruit. Il a dit qu’il resterait avec nous et ne partirait pas sans nous. Hamam s’est calmé et a cessé de pleurer. Nous avons attendu des heures au passage. Et pendant tout ce temps, mon père est resté assis avec mon petit frère sur une barrière près du tourniquet et nous a parlé. A la fin, les soldats nous ont laissé partir. Nous étions fatigués et affamés. Papa nous a ramenés chez nous.

B’Tselem

Le régime israélien d’apartheid et d’occupation est inextricablement lié aux violations des droits de l’homme. B’Tselem s’efforce de mettre fin à ce régime, car c’est le seul moyen pour avancer vers un avenir dans lequel les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et l’égalité soient assurées à tous ceux, Palestiniens et Israéliens, qui vivent entre le Jourdain et la Méditerranée.

Photo : Wael Maharmeh avec ses fils Hamam (à gauche) et Ghazi (à droite). Photo : Manal al-Ja’bari, B’Tselem, le 19 septembre 2022