Contre la censure à l’ENS

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Élus du Front unitaire de lutte au Conseil d’Administration de l’ENS | 26/02/2011 |

La Direction de l’Ecole demandé pour lundi 28 février la convocation d’un Conseil d’Administration extraordinaire ayant pour objet la « tenue des réunions publiques à caractère politique à l’école normale supérieure ».

Outre la brièveté des délais (ce CA a été annoncé par mail aux élus jeudi dernier), le texte qui sera discuté est issu d’une réunion entre la Direction certains directeurs de départements ainsi que certains membres du CA, laquelle excluait les élus du CA, dont vos élu-e-s élèves et étudiant-e-s.

Dans ce projet, la Direction prévoit la censure systématique des réunions publiques organisées par les « groupes militants » de l’ENS et dont le contenu serait « univoque » : cette mesure toucherait donc toutes les personnes de l’Ecole qui souhaitent s’ exprimer et débattre autour d’une idée politique, syndicale ou autre. Imaginons que nous devions imposer à tout-e économiste ou à tout philosophe son contradicteur/trice. La Direction estime-t-elle que les élèves et étudiant-e-s n’ont pas assez d’esprit critique pour entendre sans recul un discours politique, au même titre qu’un discours scientifique ?

Dans l’esprit de la Direction, il s’agit en réalité explicitement de légitimer de précédentes décisions, qui resteraient sinon purement arbitraires (et dont elle avoue qu’elles le sont donc pour l’instant) :

- La conférence de Stéphane Hessel a été annulée il y a quelques semaines, ridiculisant l’ENS et sa directrice, empêtrée dans des argumentations divergentes et incohérentes.

- Le cycle de conférences organisé par Palestine ENS dans le cadre d’Israel Apartheid Week, qui visait à réfléchir à la pertinence de la qualification juridique d’apartheid pour la question israélo-palestinienne a été purement et simplement interdit, alors même que les élèves organisateurs/trices avaient proposé à la Direction de choisir elle-même des contradicteurs/trices.

- L’autorisation d’une conférence de presse intersyndicale consacrée à la précarité dans la fonction publique, demandée par les grévistes de la cantine, a été suspendue à l’adoption du nouveau texte : il est vrai que le mouvement social en cours est sans doute le fait de manipulateurs/trices extérieur-e-s tout à fait désireux d’imposer leur point de vue univoque...

Dans chacun de ces cas, il s’agit bien plus de faire taire certain-e-s que d’élaborer les véritables règles d’une vraie démocratie des idées au sein de l’ENS. En plus de contrôler l’accès aux listes mails, la Direction voudrait désormais pouvoir décider de qui s’exprime et qui se tait dans ce qu’elle considère comme « son » établissement. Ce n’est donc pas la diversité qu’il s’agit de défendre mais bien une forme de loi du silence qui a déjà fait ses preuves, notamment dans les différents services sujets aux harcèlements en tous genres. Celles et ceux qui n’ont pas besoin de la parole pour exercer leurs dominations ont une fois de plus tout intérêt à disqualifier les voix discordantes en les taxant de polémiques, alors même qu’elles ne sont que le reflet de la dureté de situations hélas bien réelles.

Pour protester contre l’arbitraire et sa légitimation par une instance elle-même dépourvue de tout caractère démocratique,

Rassemblement lundi 28 février 9h15

à l’angle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Ecoles, devant l’Académie de Paris (46 rue St Jacques, 5ème), où doit se tenir le CA extraordinaire.

Départ groupé de l’ENS, 9h dans le hall du 45 rue d’Ulm

Signataires :

Vos élu-e-s du Front Unitaire de Lutte soutenu-e-s par :

Sud-Etudiant ENS, CGT Ferc-Sup ENS, Palestine ENS, NPA ENS, PG ENS, PCF ENS


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