A CINQ HEURES DE PARIS

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Anne-Marie Faucon | Cinémas Utopia | 12 Juin 2010 |

A CINQ HEURES DE PARIS

Leon PRUDOVSKY

Israël 2009 1h30 VOSTF

C’est l’histoire d’un amour impossible... tiens donc ?

Un film pas polémique pour deux sous, où on ne voit même pas l’oreille d’un Arabe... Distribué par une adorable société de distribution, dont on programme quasi tous les films, il était prévu à Utopia Tournefeuille en sortie nationale le 23 Juin et on s’apprêtait à le caser en bonne place dans la nouvelle gazette que nous sommes en train de fabriquer quand, tout soudain, nous parvient l’écho de l’agression de l’armée israélienne contre les navires pacifistes qui voguaient vers Gaza... je ne vous en dis pas plus, vous avez tous suivi.

Que faire pour manifester de manière un peu visible la réprobation d’un petit cinéma citoyen de rien du tout ? Un petit cinéma qui s’est toujours fait avec enthousiasme le relais de tous les beaux films israéliens et des rares palestiniens diffusés en France, accompagnés de nombreux débats, et qui s’exaspère de voir Israël attaquer, au mépris du droit, des navires transportant du matériel d’urgence
et des militants pacifistes réclamant la cessation du blocus de Gaza, cette prison à ciel ouvert dont le beau film Aisheen nous donnait encore sur la dernière gazette une vision désespérante. Depuis tant d’années qu’Israël s’assied avec la plus parfaite arrogance sur les résolutions successives de l’ONU, se bat les flancs de toutes les protestations (plus ou moins molles) des états occidentaux (ceux qui ont le fric et les armes) à chaque mise à mal du droit international... quelle arme reste-t-il à des citoyens lambda, qui excluent d’office les moyens violents, pour faire savoir que trop, c’est trop et qu’il serait temps que les choses bougent ? Les dockers suédois et sud-africains ont apporté leur réponse en refusant de décharger les bateaux israéliens accostant dans leurs ports ; nous, cinéma
Utopia, avons décidé de déprogrammer ce film-là, À cinq heures de Paris*, à ce moment-là, question d’opportunité, de timing...

On a fini en effet par comprendre, au fil du temps et des pétitions, que nos élus, tétanisés par la crainte de mécontenter un état soutenu inconditionnellement par les Américains, feraient systématiquement passer la raison économique et donc celle du plus fort avant toute autre considération, en se contentant d’émettre des voeux pieux...

D’ailleurs qu’y a-t-il à cinq heures de Paris ?

Tel Aviv, jumelée avec Toulouse... Subventionnée par le Conseil Régional et organisée par la Chambre de Commerce France Israël, une flottille de décideurs toulousains bien nourris, frétillants à l’idée de trouver stimulation et échanges auprès de ces pirates de haute mer, sont partis le 4 Juin pour Tel Aviv. On s’interrogera au passage sur ces échanges d’une innocence toute relative puisque,
parmi les multiples collaborations qui lient les deux villes, il y a celles qui tournent autour des drones dernier modèle (EADS/ IAI), qui sont ce qu’il y a de plus sophistiqué dans les systèmes de combat... Des effusions qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas aux portes de la ville rose puisque des soldats israéliens s’entrainent à la guerre électronique et à l’attaque de sites radar au milieu des pins des
Landes, alors que nos soldats à nous, embrassons nous Folleville, devraient, si l’on en croit le Canard Enchaîné du 2 juin, partir s’entrainer incessamment à la guerilla maritime (euh ! urbaine) dans les territoires palestiniens et au Liban.
Dans ce contexte-là, de violence et de haine, la déprogrammation d’un film peut sembler bien mignonne et bien dérisoire… Pourtant, à voir la quantité d’appels de tous les médias de France et de la planète dès l’annonce (par le distributeur) de notre décision, on se dit que tout petits et tout isolés que nous sommes, on a mis le doigt sur la seule façon de faire entendre notre désapprobation.
On programme à la place le très beau film de Simone Bitton, RACHEL (un film qui a été très peu passé par les salles de cinéma en France, sans que personne ne s’en indigne), qui nous semble beaucoup plus d’actualité. Voir cette page.

* On n’a rien contre ce gentil petit film que nous nous engageons à programmer au premier signe de lever du blocus israélien de Gaza.

Anne-Marie Faucon est coresponsable des cinémas Utopia