Vous avez dit liberté d’expression ?

|Sonia Dayan-Herzbrun |Tribunes

Les 7, 8 et 9 janvier derniers, Paris et sa proche banlieue ont été le théâtre d’actes d’une violence extrême au cours desquels dix sept personnes ont trouvé la mort. Leur retentissement a été considérable. Historiens, politologues et sociologues débattront encore longtemps pour expliquer comment des jeunes Français, aux histoires de vie chaotiques et douloureuses, appartenant à des groupes sociaux qui subissent toute sorte de discrimination, ont pu en venir à assassiner froidement qui des journalistes, qui des policiers, qui des employés ou des clients d’une épicerie casher. Il faudra démêler tous les fils qui ont conduit à ces événements dont on évalue encore mal les conséquences. Certains conduisent à Daech, et à sa direction, issue des rangs de l’armée et de la bureaucratie baathiste d’Irak, bien décidée à faire payer leur politique – si tant est qu’il y en ait une - aux pays occidentaux. D’autres mènent aux conditions sociales qui rendent des esprits fragiles et fascinés par la violence qui circule dans tous les médias, tellement perméables aux endoctrinements qu’ils choisissent de tuer et d’être tués à leur tour. Reste aussi la question toujours ouverte de la Palestine, des souffrances et des violations de leurs droits fondamentaux que subissent quotidiennement les Palestiniens. Que dire de ce qui se produit en temps de crise ! Un rapport publié tout récemment par l’ONG israélo-palestinienne Physicians for Human Rights a établi que pendant la guerre de l’été 2014 dans la bande de Gaza, l’armée israélienne frappant indistinctement cibles civiles et militaires a fait ainsi plus de 70% de victimes civiles, tuant près de 2200 Palestiniens et en blessant plus de 10000 autres, sans parler de la destruction des maisons d’habitation, des écoles, des hôpitaux. Parmi les civils tués on compte aussi 17 journalistes.

Cette violence d’État n’excuse ni ne justifie en rien les assassinats en France de civils et de policiers. Mais on peut penser que si les gouvernants israéliens revenaient à la raison, et se résignaient enfin à mettre en application le droit international, la rage qui habite les humiliés et les offensés commencerait à s’apaiser. Au lieu de cela, les dirigeants de ce monde se sont livrés, le 11 janvier, à une mise en scène pitoyable, au nom de la défense d’une liberté d’expression que la plupart d’entre eux bafouent, et d’une condamnation du racisme, que la plupart pratiquent. La France, elle-même, n’est qu’au 39ème rang en matière de liberté d’expression, selon le classement établi en 2014 par Reporters sans frontières. Ce sont d’abord des considérations dites de « sécurité » qui ont fait régresser cette liberté d’expression non seulement en France, mais dans plusieurs autres pays d’Europe. Constamment menacé par la Circulaire Alliot-Marie le mouvement BDS ne le sait que trop. Quant à l’AURDIP, elle est interdite d’expression dans les lieux universitaires auxquelles elle a vocation à accéder. Les différentes mesures sécuritaires déjà prises et en préparation, ne risquent qu’aggraver la situation. Nous avons donc tout lieu de nous inquiéter.

Au milieu de tout cela, une bonne nouvelle : la libération de l’astrophysicien Imad al-Barghouthi, emprisonné sur décision administrative pour avoir, semble-t-il, eu l’audace de s’exprimer publiquement en condamnant l’offensive israélienne sur Gaza. Il serait trop facile de parler une fois encore de deux poids deux mesures. Réjouissons-nous plutôt de ce que la mobilisation internationale ait payé, et continuons à exiger le respect du droit international.

Sonia Dayan-Herzbrun est Professeure émérite à l’Université Paris-Diderot et vice-présidente de l’AURDIP.

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