Netanyahu et l’ambassadeur Friedman signent un accord étendant la coopération scientifique aux colonies de peuplement

| Noa Landau, Hagar Shezaf et Shira Kadari-Ovadia pour Haaretz | Traduction BP pour l’AURDIP |

Selon des sources, Sheldon Adelson a fait pression sur l’administration nord-américaine pour signer l’accord avant les élections US.


Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur des USA en Israël, David Friedman, ont signé un accord mercredi pour que la coopération scientifique entre les États-Unis et Israël s’applique aux institutions israéliennes qui se trouvent en Cisjordanie et sur le plateau du Golan. Cette manœuvre légitime encore davantage la colonisation israélienne en Cisjordanie.

Dans un communiqué, l’ambassade des États-Unis à Jérusalem a déclaré que l’accord « supprimera les restrictions géographiques » aux accords de coopération scientifique qui, jusqu’à présent, n’étaient pas appliqués aux universités à l’intérieur de la Ligne Verte. « Ces restrictions géographiques ne sont plus cohérentes avec la politique des États-Unis », selon le communiqué.
La cérémonie de signature s’est tenue dans l’unique institution de ce type, à savoir l’Université d’Ariel, dans la colonie du même nom, au nord de la Cisjordanie.

« Nous réparons un vieux tort » a déclaré Friedman lors de la cérémonie, « et nous renforçons les liens entre nos pays ».

Friedman indique que dans les années 1970, les États-Unis et Israël ont signé trois accords, sur la science, la technologie et l’agriculture, accords qui excluaient le territoire passé sous contrôle israélien en 1967.

« J’ai été déçu que ces trois accords consacrés à la croissance académique et scientifique soient limités par des restrictions politiques » dit-il, et parce que le Président de l’administration US, Donald Trump, ne considère pas l’entreprise de colonisation de peuplement comme illégale au regard du droit international, dit Friedman, il a œuvré pour la suppression de cette limitation géographique, qu’il a qualifiée d’ « anachronisme ».

Intervenant après Friedman, Netanyahu a déclaré que signer des accords à l’Université d’Ariel est « d’une énorme importance ». Il a attaqué les « opposants » qui affirmaient que les changements de politique de Trump, telles la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, anéantissaient les chances de paix.

« Il s’agit d’une victoire importante contre quiconque cherche à délégitimer tout ce qui est israélien au-delà des lignes de 1967 » dit Netanyahu. Interpellant « ces boycotteurs malveillants », il ajoute, « vous avez tort et vous échouerez, car nous sommes résolus à construire nos vies et notre patrie ancestrale et à ne plus jamais âtre déracinés d’ici »..

Le chef du conseil régional d’Efrat, Oded Revivi, a déclaré, « Huit ans après le boycott des étudiants d’Ariel par Obama, le Président Trump répare cette injustice », parlant de l’accord comme d’ « un pas énorme vers la paix et la coexistence ».

La plupart des financements étrangers pour la science en Israël proviennent de l’Union européenne, laquelle exclut les colonies.

Le recteur de l’Université d’Ariel, le professeur Albert Pinhasov, a déclaré à Haaretz que l’accord signé mercredi allait permettre aux chercheurs de l’université de travailler avec les ONGs US et de soumettre des demandes de bourses pour des recherches communes aux deux pays.

« Jusqu’à présent, nos scientifiques, et en particulier les jeunes revenus de post-doctorats à l’étranger, avaient du mal à maintenir leurs relations de recherche avec leurs pairs aux États-Unis » a déclaré Pinhasov.

Il a ajouté que les chercheurs de l’Université d’Ariel étaient empêchés de postuler pour des bourses européennes. « Nous demandons de faire une distinction entre l’élément politique et l’aspect académique de la recherche. Les membres de notre personnel veulent faire de la recherche, et le monde académique était, selon moi, leur pont vers la paix. L’université n’est pas un lieu politique, mais une opportunité pour une coopération ».

Pinhasov ajoute que l’université ne sait pas encore quand l’accord entrera en vigueur, car elle n’en a vu que les grandes lignes. « Maintenant, nous devons en comprendre les détails » dit-il.

Avant la cérémonie, Friedman avait déclaré : « Tout comme nous avons vu des progrès régionaux énormes avec les Accords Abraham (entre Israël et les Émirats arabes unis et le Bahreïn), nous voyons également des avantages tangibles avec la politique du Président Trump pour une coopération bilatérale avec Israël ».

Des sources impliquées dans l’accord ont déclaré que Seldon Adelson, le magnat des casinos et l’un des principaux donateurs de l’Université d’Ariel et du Président Donald Trump, avait fait pression sur l’Administration nord-américaine pour que la cérémonie se tienne avant les élections états-uniennes de mardi.

Toujours avant les élections, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, arrivera jeudi en Israël et rencontrera le ministre de la Défense Benny Gantz.
Pendant ce temps, plusieurs dirigeants de colons ont affirmé qu’ils n’assisteraient pas à une réunion avec Netanyahu, après la cérémonie, car deux chefs de conseil n’avaient pas été invités.

Ces deux chefs sont David Elhayani, président du Conseil régional de la vallée du Jourdain, et Yossi Dagan, chef du Conseil régional de Samarie. Elhayani avait attiré les critiques en disant que le Président US Donald Trump « n’était pas un ami d’Israël » après la publication du soi-disant Accord du siècle, tandis que Dagan avait accusé Netanyahu en août dernier de « tromper tout un peuple » avec sa décision de ne pas annexer la Cisjordanie.

L’Université d’Ariel a ouvert l’an dernier sa faculté de médecine, laquelle est financée en grande partie par Adelson. Les administrateurs avaient prévu d’ouvrir la faculté en 2018, mais des problèmes juridiques ont entraîné des retards.

En avril 2019, la Haute Cour de justice a rejeté une requête de deux universitaires contre la création de la faculté de médecine, requête basée sur l’affirmation que l’approbation « jette une ombre lourde sur le processus décisionnel dans l’enseignement supérieur ». La requête a été soumise après qu’il soit apparu qu’un membre du comité qui examinait l’approbation de la nouvelle faculté, le professeur Jonathan Halevy, avait reçu, six mois plus tôt, une proposition pour diriger le conseil d’administration de l’université.