Ne pas céder au désespoir

|Sonia Dayan-Herzbrun |Tribunes

Quelques jeunes gens, garçons et filles, font trembler le gouvernement israélien et la communauté internationale. Ce sont ces Palestiniens que l’on dit de la génération d’Oslo, et qui, au lieu de la paix promise, n’ont connu que l’occupation, l’extension d’une colonisation de plus en plus brutale et arrogante, l’enfermement dans des espaces restreints où il est devenu de plus en plus difficile de circuler et d’aller étudier, le mépris des droits les plus fondamentaux, l’impuissance des responsables politiques et le silence complice du monde. La plupart de ces jeunes manifestent pacifiquement dans les rues de leurs villes, ce qui ne les protège pas de la violence de la répression et des agressions des colons israéliens assurés d’impunité. Certains d’entre eux et d’entre elles, en dépit de la certitude d’être aussitôt abattus, s’arment de pierres, de couteaux, lancent des cocktails molotov, ou brûlent des pneus. On se bat dans les rues de Jérusalem Est et la tension monte aussi à l’intérieur d’Israël où les Palestiniens ont constaté depuis longtemps que la possession de papiers israéliens ne leur garantissait pas des droits égaux à ceux de leurs concitoyens juifs et ne les protégeait pas d’agressions racistes. Ces actions désespérées mettent en lumière les dérives dans lesquelles s’enfonce un État colonial qui pensait avoir gagné sa sécurité à l’aide de murs, de prisons et de bombes. Aux exécutions extrajudiciaires s’ajoutent les odieuses punitions collectives : destruction des maisons familiales, et désormais non restitution des corps des victimes que leurs proches ne peuvent plus inhumer. Les condamnations des organisations internationales comme Human Rights Watch ou Amnesty International restent sans écho.

Ce soulèvement de toute une jeunesse auquel personne ne s’attendait, a un écho tout particulier dans les universités palestiniennes où les étudiants sont pleinement conscients des entraves mises à leurs libertés et à leurs droits, et de leur absence de toute véritable perspective d’avenir. Ce sont donc des universités que partent un grand nombre de manifestations et ce sont les étudiants et les universités qui sont aussi victimes de la répression : incursions de l’armée, arrestation d’étudiants. L’université de Birzeit a lancé un appel aux institutions universitaires et à celles qui défendent les droits humains afin qu’elles dénoncent, une fois encore, les crimes de l’occupation israélienne. Non seulement nous avons relayé cet appel, mais nous pensons qu’il est indispensable d’alerter l’opinion publique et d’en appeler une fois de plus aux institutions européennes afin qu’elles imposent enfin des sanctions à l’égard d’Israël qui manifeste un mépris total des règles élémentaires du droit international. Seul le retour aux règles du droit créera les conditions d’une solution politique respectueuse de justice et de liberté. Notre seul levier, en ce domaine, est celui du boycott culturel et universitaire des institutions israéliennes. Comme nous le demande le BNC, nous devons tout mettre en œuvre pour rendre ce boycott plus efficace. Face à l’inaction des politiques la mobilisation de la société civile doit nous empêcher de céder au désespoir.

Sonia Dayan-Herzbrun est Professeur émérite en sociologie politique à l’Université Paris- Diderot, et elle est également Vice-Présidente de l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP)

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