Lettre au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation à propos de la nouvelle détention de l’astrophysicien Imad Barghouthi

L’AURDIP, BACBI et BRICUP ont écrit le 4 mai 2016 au Commissaire européen pour la Recherche, la Science et l’Innovation afin d’attirer son attention sur la nouvelle détention d’Imad Barghouthi, professeur de physique théorique des plasmas spaciaux à l’Université Al-Quds à Jérusalem-Est, et de faire appel à lui pour demander la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël jusqu’à ce qu’Israël relâche le professeur Barghouthi. La lettre est présentée ci-dessous.

Appel clôturé le 15 mai 2016.

Liste des signataires


4 mai 2016

Carlos Moedas, Commissaire pour la Recherche, la Science et l’Innovation
Commission européenne
200 Rue de la Loi/Wetstraat 200
1049 Bruxelles, Belgique

Monsieur,

Le 6 décembre 2014, les troupes d’occupation israéliennes avaient arrêté Imad Barghouthi, astrophysicien des plasmas et professeur à l’université Al-Quds, alors qu’il s’apprêtait à traverser la Jordanie pour assister à un colloque de l’Union arabe d’astronomie et des sciences de l’espace dans les Émirats arabes unis. Comme pour de nombreux autres Palestiniens, les Israéliens avaient détenu le professeur Barghouthi sans inculpation, et donc sans possibilité d’obtenir justice. Heureusement pour lui, l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP), le British Committee for the Universities of Palestine (BRICUP) et d’autres organisations défendant les droits humains avaient alerté la communauté scientifique internationale, qui s’était alors exprimée d’une voix suffisamment forte pour convaincre les Israéliens de remettre le professeur Barghouthi en liberté [1]. Quarante-sept jours après son arrestation, il avait été autorisé à retourner dans sa famille et à reprendre son travail à l’université.

Pourtant, samedi 24 avril 2016, les forces d’occupation israéliennes ont à nouveau arrêté le professeur Barghouti et le lundi 2 mai, sans inculpation ni procès, il a été condamné à une détention de trois mois. Cette peine, imposée en vertu de règles d’exception introduites pendant le mandat britannique, peut être renouvelée indéfiniment. Selon Amnesty International et d’autres organisations défendant les droits humains, les personnes détenues sur cette base par les autorités militaires israéliennes sont souvent sujettes à des violations de leurs droits fondamentaux, par la torture et les mauvais traitements durant leur interrogatoire et par des traitements cruels et dégradants pendant leur détention. Mais dans tous les cas, l’utilisation par Israël de ces règles d’exception est contraire à ses obligations comme puissance occupante puisque, selon le droit international, les personnes suspectées d’une infraction criminelle doivent, entre autre, être informées du motif de leur arrestation, être inculpées pour une infraction spécifique et bénéficier d’un procès équitable aussi rapidement que possible.

Nous avons commencé à alerter la communauté scientifique internationale de la nouvelle détention du professeur Barghouthi. Mais nous vous appelons, Monsieur, à manifester votre engagement en faveur de la justice en rappelant à Israël ses obligations selon son Accord d’association avec l’Union européenne et en utilisant les moyens à votre dispositions pour faire en sorte qu’Israël respecte ces obligations.

Comme nous vous l’avons écrit le 10 janvier 2015, Israël a accès aux programmes de recherche et d’innovation de l’Union européenne au même titre que les États membres et a pleinement profité de ce privilège. L’accès à ces programmes obéit à des conditions très précises concernant le respect des droits fondamentaux. L’article 2 de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël stipule que « les relations entre les parties doivent s’appuyer sur le respect des droits humains et des principes démocratiques qui guident leurs politiques intérieure et internationale, ce qui constitue un élément essentiel de cet Accord ».

La récente arrestation arbitraire du professeur Barghouthi par Israël est une violation sérieuse, tant de l’esprit que de la lettre, de cet Accord. Nous faisons donc appel à vous pour que vous usiez de l’autorité de votre position afin qu’Israël relâche immédiatement le professeur Barghouthi. Nous faisons appel à vous en tant que citoyens européens, ou, pour certains d’entre nous, en tant qu’universitaires ayant des relations étroites avec l’Europe, soucieux des valeurs politiques et humaines sur lesquelles l’Union européenne est fondée. Mais nous le faisons aussi en tant que chercheurs qui ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour dénoncer et bloquer les accords entre l’Union européenne et Israël, si Israël persiste à bafouer le droit international et le droit des Palestiniens à l’éducation.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Commissaire Européen à la Recherche, la Science et l’Innovation, l’expression de notre très haute considération.

Pr. Jonathan Rosenhead, Président, British Committee for Universities of Palestine (BRICUP)

Pr. Ivar Ekeland, Président, Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP)

Pr. Herman De Ley, Steering Committee, Belgian Campaign for an Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

Cc. Federica Mogherini, Haut-Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

|Formulaires et listes
Faire un don

Votre don à l’AURDIP nous permettra de financer nos activités, d’imprimer des documents, de publier des informations, et de faire campagne auprès des universitaires.
Faire un don

Newsletter