Les affrontements à la frontière de Gaza : un journaliste parmi les neufs Palestiniens tués par les tirs israéliens

| Jack Khoury,Yaniv Kubovich et Almog Ben Zikri pour Haaretz |Traduction JPP pour l’AURDIP |Actualités

Près de 300 blessés par les tirs israéliens * Les FDI (Forces de défense israéliennes) rapportent que 20 000 Palestiniens manifestent à la frontière pour le deuxième vendredi consécutif * Le ministre de la Santé de Gaza demande du matériel médical aux Nations-Unies et aux gouvernements étrangers * Les manifestants brûlent des pneus, lancent des pierres et des bombes incendiaires * Abbas demande à la communauté internationale de faire cesser « les crimes et les meurtres d’Israël ».

Neuf Palestiniens ont été tués par les tirs de l’armée israélienne, dont sept sont morts vendredi lors de présumés affrontements entre les manifestants palestiniens et les forces israéliennes le long de la frontière Israël-Gaza, a rapporté le ministère de la Santé de Gaza. Le journaliste Yaser Murtaja, qui avait reçu une balle dans la poitrine alors qu’il portait un gilet marqué « presse », a succombé samedi à ses blessures. C’est le deuxième vendredi consécutif de protestations massives connues sous le nom de « Marche du retour », une série de manifestations le long de la frontière prélude à la Journée de la Nakba.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1070 manifestants palestiniens ont été blessés, dont 293 par des tirs de l’armée israélienne. Vingt-cinq de ces blessés par balles sont dans un état critique, et deux ont succombé à leurs blessures. Quelque 442 manifestants ont été évacués vers les hôpitaux de Gaza, et un plus grand nombre ont été soignés sur place, principalement pour inhalation de fumée.

Le Syndicat des journalistes palestiniens a rapporté que quatre autres journalistes ont été blessés par balles vendredi.

Le Président palestinien Mahmoud Abbas a publié une déclaration samedi dans laquelle il condamne « le meurtre et l’oppression » par Israël de Palestiniens qui participaient à des manifestations non violentes dans la bande de Gaza. Abbas a demandé à l’ambassadeur palestinien aux Nations-Unies, aux représentants palestiniens dans la Ligue arabe et dans l’Union européenne, d’affronter la communauté internationale pour qu’« elle mette un arrêt aux crimes et aux meurtres de manifestants désarmés ».

Le ministère de la Santé de Gaza a identifié les Palestiniens tués vendredi par les tirs israéliens comme étant Osama Khamis, 38 ans, Subhi AbuAtawi, 20 ans, Mohammed Said Al-Haj, 33 ans, Sodki Faraj Abu Atawi, 45 ans, et Alaa Adin Azamli, 17 ans, ce qui porte le nombre de morts à 29 depuis la « Marche du retour ». Hamza Abad Al-al, 20 ans, et le journaliste Yaser Murtaja, 30 ans, ont succombé à leurs blessures par balles samedi. Selon le Syndicat des journalistes palestiniens, Murtaja a été atteint par les balles alors qu’il se trouvait à 350 mètres de la clôture frontalière.

Le porte-parole des Forces de défense israéliennes, Ronen Manelis, a déclaré que 20 000 Palestiniens ont manifesté en cinq endroits différents de la bande de Gaza et que les manifestants ont lancé des pierres et des bombes incendiaires sur la clôture frontalière. L’armée dit avoir fait échouer des dizaines de tentatives par les manifestants de franchir illégalement la frontière pour entrer en Israël.

Plus tôt vendredi, le ministère a fait état de la mort de Tair Mohammed, Raba’a, un manifestant de 30 ans qui avait été blessé près de la clôture frontalière la semaine précédente lors des manifestations.

Devant un tel nombre de morts, le ministère de la Santé a demandé aux Nations-Unies, aux gouvernements étrangers et aux organisations internationales de fournir des médicaments et d’autres matériels médicaux aux hôpitaux de Gaza qui connaissent une pénurie terrible des médicaments essentiels.

Des manifestants ont mis le feu à des centaines de pneus le long de la clôture frontalière dans le but d’empêcher les forces israéliennes d’identifier et de blesser les manifestants à travers l’épaisse fumée noire. C’est pourquoi la journée de manifestations a été appelée « Journée du pneu ». Les manifestants ont également brûlé des drapeaux des États-Unis et des photos du prince héritier d’Arabie saoudite, qui avait déclaré mardi que les Israéliens avaient le droit de vivre sur leur propre terre.

Des affrontements ont également éclaté en Cisjordanie et le ministère de la Santé de Ramallah a signalé que deux Palestiniens ont été blessés par des balles d’acier enrobées de caoutchouc, tirées par les forces israéliennes. L’un de ces blessés a été touché à la tête, tandis que le deuxième a reçu une balle dans une jambe. Selon le porte-parole des FDI, le comportement des militaires durant la manifestation de vendredi dernier – où 15 manifestants palestiniennes ont été tués par les tirs de l’armée israélienne – a eu un effet dissuasif lors des manifestations de cette semaine. Manelis note que si moins de Palestiniens ont participé aux manifestations, il y a eu plus d’enfant envoyés à la clôture frontalière, comparés à la semaine dernière. Si les FDI ont affirmé que leur protocole pour ouvrir le feu est resté inchangé, l’armée a utilisé moins de munitions que la semaine passée, en utilisant davantage les méthodes de dispersions des foules.

En dépit d’un taux de participation inférieur au vendredi précédent, les organisateurs de la « Marche du retour » ont présenté la journée de manifestations comme un grand succès, tant en termes de nombre de Gazaouis venus dans la zone frontalière, que de nombre de jeunes Palestiniens à s’être dirigés vers la clôture.

S’exprimant lors de l’une de ces manifestations, près de Khan Yunis, ville du sud de la bande de Gaza, Yahya Sinwar, dirigeant politique du Hamas dans la Bande, a déclaré : « Le peuple palestinien à Gaza se bat contre l’occupation et il va se lever en dépit de l’occupation ».

Le Hamas avait mandaté tous les officiers de sa section avant les manifestations pour qu’ils se joignent aux manifestations avec les membres de leur famille. En préparation de ces rassemblements, des tracteurs ont agrandi le campement près de Khan Yunis et amoncelé des tas de sable le long de la clôture pour protéger les manifestants des tirs des FDI.

Les forces israéliennes sur le terrain ont été surprises par l’absence de la police et de la police des frontières. La semaine dernière, la police avait été chargée de disperser les manifestants à la frontière, mais les soldats avaient eux-mêmes utilisé des méthodes comme les gaz lacrymogènes la semaine dernière. Les agents n’ont pas reçu l’ordre de venir, dit la police, mais celui de stationner dans le secteur au cas où des manifestants palestiniens réussiraient à faire une brèche dans la clôture frontalière.

Le Centre juridique Adalah et le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme, basés à Gaza, ont saisi le procureur général d’Israël et l’avocat général des FDI pour leur demander d’ordonner explicitement aux forces israéliennes de s’abstenir d’utiliser toutes les sortes de munitions de guerre.

« Les tirs à balles réelles contre les manifestants à Gaza sont contraires au droit international et à la loi israélienne » lit-on dans leur déclaration. « Nous affirmons et nous soulignons à nouveau que cette infraction s’aggrave par des dimensions criminelles manifestes, étant donné qu’elle est préméditée et qu’elle se base sur l’intention d’utiliser illégalement des munitions de guerre ».

Les manifestations ont commencé vendredi dernier, à l’occasion de la Journée de la Terre, journée que les Palestiniens du monde entier commémorent depuis 1976, quand les forces de sécurité israéliennes ont tué six Arabes israéliens qui manifestaient contre l’expropriation de terres appartenant à des Arabes dans le nord d’Israël pour y construire des communautés juives. Environ cent autres ont alors été blessés et des centaines arrêtés lors de la manifestation du 30 mars de cette année-là.

Dans le cadre de la « Marche du retour », des milliers de Palestiniens campent dans ce qu’ils appellent « une ville de tentes », près de la clôture, pour prolonger leur manifestation jusqu’à la Journée de la Nakba, mi-mai, avec des manifestations hebdomadaire les vendredis. La Journée de la Nakba, qui commémore la fuite ou l’expulsion de plus de 700 000 Arabes durant la guerre d’indépendance d’Israël en 1947-49, est généralement observée le jour de l’indépendance israélienne, comme sa date officielle du 15 mai.

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