La scène musicale israélienne secouée par le mouvement international de boycott

JERUSALEM (AP) — Le Meteor Festival d’Israël devait rassembler des groupes indé[pendants] du monde entier dans ce que les organisateurs vendaient comme un « voyage musical d’avant-garde qui dépasse les frontières et tord le temps et l’espace », à la manière de Woodstock.

Au lieu de cela, une vingtaine de participants, dont la tête d’affiche Lana Del Rey, se sont désistés au dernier moment, apparemment sous la pression de la campagne internationale de boycott menée par les Palestiniens.

Les annulations ont transformé le festival du week-end, qui avait lieu dans le cadre bucolique d’un kibboutz israélien, dans le dernier champ de bataille entre Israël et le mouvement de boycott, qui dit vouloir mettre un terme au joug israélien sur les Palestiniens.

Les organisations de la campagne ont revendiqué un succès, disant que ce succès reflète l’opposition grandissante aux politiques du gouvernement israélien chez les générations nées après 2000.

« Le fait que ces artistes annulent montrent seulement à quel point la jeune génération perçoit différemment Israël », a déclaré Diana Buttu, une analyste palestinienne qui soutient le mouvement connu sous le nom de BDS.

La campagne, fondée en 2005, appelle aux boycotts, désinvestissement et sanctions contre les entreprises, les institutions culturelles et les universités israéliennes.

BDS déclare qu’il vise à mettre un terme à l’occupation par Israël des terres saisies dans la guerre au Proche-Orient de 1967 et à ce qu’il décrit comme de la discrimination contre la minorité arabe d’Israël. Il appelle pour le « droit au retour » de millions de réfugiés palestiniens et de leurs descendants dans les foyers que les ancêtres ont fuis ou dont ils ont été expulsés pendant la guerre de 1948 lors de la création d’Israël.

La campagne se compare au mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud et son message non-violent a résonné chez des auditoires du monde entier.
Israël dit que la campagne masque un objectif plus profond, celui de délégitimer ou même de détruire le pays.

Bien que Bds déclare avoir poussé quelques entreprises et des fonds d’investissement à réduire leurs activités en Israël, son impact économique semble modeste. L’économie high-tech d’Israël ronronne, faisant du pays une base attirante pour les multinationales géantes comme Google, Apple, Microsoft et autres. Les dirigeants internationaux y viennent régulièrement pour promouvoir les liens commerciaux.

La culture et le monde universitaire ont été des cibles plus faciles. Virtuellement tout artiste qui prévoit de donner un spectacle en Israël ces jours-ci peut s’attendre à une pression des réseaux sociaux pour annuler.

Une liste croissante d’artistes, dont l’actrice israélo-américaine Natalie Portman et la chanteuse Lorde, ont annulé récemment des interventions en Israël par inquiétude vis-à-vis des politiques israéliennes.

Del Rey a rejoint cette liste le 31 août lorsqu’elle a annoncé qu’elle se retirait du Meteor Festival après une campagne de pression intense de BDS. Dans une déclaration sur Twitter, la chanteuse nominée aux Grammy Awards a dit qu’elle « différait » sa venue jusqu’à ce qu’elle puisse donner un concert à des auditoires à la fois israéliens et palestiniens.

D’autres désistements incluent « of Montreal », un groupe indé populaire qui avait joué auparavant en Israël.

« Maintenant n’est plus le temps des échappatoires et des célébrations », a-t-il dit sur Facebook. « Maintenant vient le temps du militantisme et des manifestations contre l’apartheid israélien, l’occupation israélienne de Cisjordanie et les atrocités contre les droits humains qui sont perpétrées chaque jour à Gaza par les forces israéliennes ».

Il est difficile de quantifier l’impact de la pression BDS.

Del Rey n’a pas explicitement appuyé le message de boycott et Portman a déclaré directement qu’elle ne soutenait pas BDS. Del Rey et d’autres artistes qui ont abandonné le Meteor Festival n’ont pas répondu aux demandes d’interview.

Par ailleurs, de nombreuses stars, comme Aerosmith, les Rolling Stones, Madonna, Justin Timberlake et Justin Bieber, se sont produites en Israël ces dernières années. Ce mois-ci, quelques-uns des plus importants DJ internationaux doivent converger vers Tel Aviv pour le festival DGTL. L’année dernière, le musicien australien Nick Cave a accusé le mouvement de boycott d’essayer de « tyranniser » les artistes qui jouaient en Israël.

Cependant, les percées du mouvement ont sonné l’alarme en Israël.

Le ministre israélien des Affaires stratégiques dépense des millions de dollars à combattre BDS et a fait interdire d’entrée dans le pays certains militants. Israël et ses soutiens lancent aussi des programmes de sensibilisation sur les campus universitaires américains dans cette bataille de coeurs et d’esprits.

Ceci arrive à un moment où les sondages indiquent un soutien pour Israël en déclin parmi les jeunes Américains.

Une enquête du Pew Research Center plus tôt dans l’année a montré que 32 % des Américains de moins de 30 ans sympathisent davantage avec Israël, comparé aux 23 % qui sympathisent davantage avec les Palestiniens. Le sondage montrait que les Américains plus âgés sont bien plus en faveur d’Israël.

Les chiffres ne sont pas surprenants.

Les sondages indiquent que les Américains nés après 2000 tendent à être plus progressistes que leurs parents sur des questions allant des problèmes raciaux au mariage entre personnes de même sexe ou à l’immigration. Les liens étroits du Premier Ministre Benjamin Netanyahu avec le président des Etats-Unis Donald Trump, son alliance avec les Chrétiens évangéliques conservateurs et un agenda nationaliste qui inclut un état nation juif largement perçu comme une mise sur la touche des Arabes, tout cela risque d’aliéner les plus jeunes progressistes.

Dans le cas du Meteor Festival, le ministre des Affaires stratégiques d’Israël a dit qu’ « une petite minorité » de musiciens s’était retirée, suggérant qu’ils avaient été la proie de « l’incitation et de l’agenda haineux du mouvement de boycott contre Israël » .

Les organisateurs du festival ont soutenu que la musique devait unir les gens et que BDS « politisait notre événement de façon délirante ».

Le journal Jerusalem Post, qui est opposé à BDS, a dit que l’annulation de Del Rey devait être une piqûre de rappel pour ceux en Israël qui tentent de minimiser les dangers potentiels que pose la campagne.

« Des artistes comme Del Rey et Lorde, et des DJ comme Leon Vynehall et Python sont suivis par des millions de fans impressionnables qui sont totalement ignorants des complexités et des nuances du Proche-Orient », est-il écrit dans un éditorial. « La seule chose qu’ils savent est que leur artiste favori est plus favorables aux Palestiniens qu’aux Israéliens ».

Finalement, des milliers de personnes ont assisté au Meteor Festival.
Beaucoup ont campé sous les étoiles et les fans ont apprécié un mix éclectique de dizaines d’artistes pendant trois jours. Les critiques ont donné des comptes rendus chaleureux dans les médias, mentionnant à peine la question BDS.
« Il y avait une bonne atmosphère et les gens s’amusaient. Ils étaient excités à l’idée des artistes qui venaient et n’ont pas beaucoup remarqué qui manquait », a dit Nitzan Amitay, 25 ans, un organisateur bénévole du festival.

Omar Barghouti, co-fondateur du mouvement BDS, a dit que la campagne contre Meteor avait réussi « au-delà des attentes », estimant qu’environ 40% des artistes internationaux s’étaient désistés. Il a dit que les fans de ces groupes sont un auditoire naturel pour son message.

« Le dénominateur commun est que les fans plus jeunes sont plus progressistes », a-t-il dit.

BDS maintenant a en vue une cible plus médiatisée — le Concours de chansons de l’Eurovision. Israël doit accueillir cet événement immensément populaire l’an prochain, et la semaine dernière des dizaines d’artistes européens, avec à leur tête l’ancien leader des Pink Floyd Roger Waters, ont signé une lettre appelant à ce que le concours soit déplacé dans un autre pays.

Si l’Eurovision était organisé en Israël, ce qui est encore assez incertain, l’art serait utilisé pour blanchir le régime d’occupation et d’apartheid d’Israël », a déclaré Barghouti.

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