La communauté de l’architecture se rassemble en soutien à Samia Henni après le cambriolage de son bureau dans le département d’architecture art et aménagement de l’université Cornell

| Kristine Klein pour The Architect’s Newspaper | Traduction SF pour l’AURDIP |

Au début de septembre, le bureau du professeur d’architecture, art et aménagement à l’Université Cornell (Cornell AAP), Samia Henni, a subi une effraction, a été vandalisé et pillé. Cette semaine des architectes et des universitaires se sont mobilisés en vue d’une réponse officielle plus appropriée à cet acte.

Selon une lettre ouverte mise désormais en circulation et datée du 29 novembre, à la suite de cet événement au cours duquel « des matériaux sensibles ont été volés dans le bureau du Dr Henni », le service de police de l’université Cornell et l’Université n’ont pas informé la communauté universitaire de cette attaque et ont choisi de ne pas rendre publics les éléments de leur enquête. La lettre déclare que « cela est d’autant plus préoccupant qu’Henni a été l’objet de harcèlement haineux et d’intimidation en ligne en 2020-2021, à la suite de la publication de l’article La colonialité d’un décret, et de la conférence « La Palestine est là, où elle a toujours été » qu’elle a organisée au Département d’architecture de l’Université Cornell, dans le cadre de la série de conférences « Dans le désert : questions de colonialité et de toxicité ». Étant donné qu’Henni s’exprime particulièrement franchement sur les questions concernant la Palestine, la lettre suggère que cette invasion était un incident ciblé.

La lettre a la forme d’une pétition en ligne. Quant à sa rédaction, elle a été signée par plus de 1000 architectes, universitaires et étudiants du monde entier. La lettre exige que Cornell publie « une présentation complète du rapport de police et d’éléments de preuve au Dr Henni », qu’elle « condamne publiquement l’attaque au nom de l’Université Cornell » et qu’elle mette en place des mesures garantissant la liberté académique et assure la sécurité de professeurs menacés, en particulier de femmes de couleur ». Parmi les signataires, on relève les noms de personnalités comme Eyal Weizman, Sumayya Vally, Lesley Lokko, Philip Ursprung, Keller Easterling, Daniel Barber, Mabel O. Wilson, Anna Puigjaner, Jean-Louis Cohen, Reinhold Martin, Giovanna Borasi, Mohamed Elshahed, Mark Wigley, Zeynep Celik, Florian Idenburg, et Douglas Spencer, pami des centaines d’autres. Le musicien Nicolas Jaar a aussi signé la lettre.

Henni, née et élevée à Alger en Algérie, est professeure assistante dans le département d’architecture de l’Université Cornell. Elle a beaucoup écrit et donné de conférences sur des sujets liés à la colonisation, au déplacement et à la guerre dans leur relation à l’environnement bâti et aux études urbaines. En plus de la direction de l’ouvrage récemment publié Les Déserts ne sont pas Vides, Henni est l’auteure de plusieurs livres et elle a précédemment enseigné à l’Université Princeton, à l’École Polytechnique Fédérale de Zurich et à l’Université d’Art et de Design de Genève.

Un passage de la lettre ouverte intitulé « Les Universités doivent garantir la liberté académique et la sécurité et condamner la violence » dit ceci :

L’attaque contre le Dr. Henni aurait dû être l’objet d’une prompte condamnation publique de la part de l’Université Cornell et aucun effort n’aurait dû être négligé en ce qui concerne l’enquête criminelle, la liberté académique et la sécurité personnelle. Au lieu de cela, le commissariat de police de l’Université Cornell n’a pas informé la communauté de Cornell au moyen de l’alerte criminelle usuelle et l’Université Cornell n’a pas fait connaître l’attaque à la communauté universitaire plus large, ni ne l’a condamnée. Ce manquement met en péril le reste de la communauté universitaire, en particulier les femmes de couleur, a compromis la sécurité du Dr. Henni et a renforcé son isolement et sa vulnérabilité. Étant données les précédentes tentatives d’intimidation visant le Dr. Henni, l’Université Cornell devrait agir de façon décisive pour instaurer la sécurité et la justice et condamner l’intimidation et la discrimination.

Le service de police de l’Université Cornell a décidé de ne pas partager avec le Dr. Henni les résultats de l’enquête en dehors des procédures légales. Dans de nombreuses circonscriptions, les victimes de semblables violations (ou de possibles) crimes de haine ont le choix d’accéder au matériau d’enquête, reçoivent un soutien plus rapproché et bénéficient de la transparence de l’information.

Cela pose de sérieuses questions sur la sécurité publique, en particulier pour les femmes de couleur et pour la liberté académique, notamment pour celles-ceux qui travaillent sur le colonialisme, l’apartheid et la Palestine, pour la communauté de Cornell et pour les intellectuels plus largement.

La lettre peut être lue intégralement ici.