La bataille BDS dans l’université américaine

Une nouvelle génération d’universitaires poursuit son effort en vue d’un boycott académique d’Israël, malgré les revers et les puissants lobbys.

Le 7 janvier, l’Assemblée des Délégués de l’Association des Langues Modernes (ALM) a voté contre une résolution non contraignante d’adopter l’appel de la société civile palestinienne au boycott académique des institutions israéliennes (79 oui, 113 non). Au cours de la même session, l’Assemblée a voté pour une résolution en vue de condamner le boycott (101 oui, 93 non).

L’une des raisons pour lesquelles il est difficile pour ceux qui soutiennent le Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) de voir leurs motions approuvées, c’est que des organisations extérieures, ici et en Israël, apportent leurs ressources et leurs équipes juridiques au camp anti-boycott.

Le Centre Brandeis qui menace d’intenter un procès contre l’ALM si elle laisse le vote se poursuivre, la collaboration d’une association de présidents d’université en Israël, inquiets de voir les pro-boycott lier leurs universités à la poursuite de l’occupation, et d’autres mesures répressives ont également aidé à combattre le boycott. Comme il a été dit dans Ynet, une association israélienne a déclaré que « le combat était … soutenu par diverses organisations juives, parallèlement au Comité des Présidents d’Université en Israël ».

Mais une autre raison pour laquelle ce genre de boycott est difficile à accepter dans ces grandes organisations traditionnelles, c’est qu’elles répugnent à avoir des activités politiques. Ceci prend quelquefois des formes très particulières.

Par exemple, dans les années 1980, l’ALM a également refusé d’adopter le boycott anti-apartheid, bien sûr maintenant considéré comme un facteur majeur de la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud, au motif que l’ALM ne faisait pas de politique. Pourtant, dans leur assemblée de janvier, la majorité des délégués de l’ALM a fait une déclaration politique pour se protéger des possibles attaques contre l’expression, le racisme, et la circulation qui pourraient émaner de la nouvelle administration Trump – elle a émis une critique sévère de notre nouveau président.

Le professeur David Lloyd a noté l’ironie du rejet de la résolution sur le boycott qui coïncidait avec l’approbation de cette résolution critique de Trump :

« La résolution exprime la crainte que l’arrivée de l’administration Trump menace ces libertés que nous chérissons. Mais nous devrions rappeler que, pendant sa campagne, c’est Israël que Trump a invoqué comme modèle de réussite du profilage racial. C’est Israël dont il a fait l’éloge pour avoir su comment construire un mur qui dénierait la liberté de circulation sur la base de l’origine nationale, de l’identité raciale et ethnique. Il a fait l’éloge de la politique d’immigration discriminatoire d’Israël qui empêche arbitrairement l’entrée des Musulmans et des gens d’origine arabe. C’est difficile de ne pas ressentir l’hypocrisie de l’approbation d’une résolution comme celle-ci tout en refusant notre soutien aux Palestiniens qui ne font pas face à une menace potentielle, mais souffrent véritablement du déni de liberté académique et de toutes les autres libertés dont nous avons le privilège de jouir. »

Il y a une ironie supplémentaire : La résolution anti-boycott qui va maintenant être votée par tous les membres de l’ALM équivaut à l’interdiction d’une façon de protester que la Cour Suprême des Etats Unis a déclarée comme une forme constitutionnellement protégée de liberté d’expression. En votant cette résolution, l’ALM fera le travail de Trump à sa place. Un adversaire du boycott a dit que ceux qui le soutenaient n’étaient en réalité que « politiquement corrects ».

Une nouvelle génération d’universitaires

Pourquoi s’inquiéter autant de savoir quelles résolutions les organisations universitaires dotées de peu de poids et d’influence politiques vont émettre ?

Une raison est qu’elles sont un baromètre de la façon dont différentes générations et segments démographiques de jeunes universitaires, qui sont après tout les futurs professeurs, se positionnent sur la question d’Israël-Palestine.

Alors que l’ALM et d’autres plus vieilles organisations ont tendance à approuver le statu quo quand il s’agit d’Israël-Palestine, les organisations qui ont approuvé les résolutions de boycott, telles que l’Association d’Etudes Américano-Asiatiques, l’Association d’Etudes Américaines, l’Association d’Etudes Critiques Ethniques, l’Association Nationale d’Etudes Latino-Américaines, l’Association d’Etudes des Autochtones et Indigènes, et l’Etudes pour la Paix et la Justice sont des associations qui représentent la nouvelle académie américaine.

Cette question générationnelle est également liée à une question idéologique et fournit un autre indice à la transition progressive dans l’opinion publique américaine pour ce qui concerne la Palestine.

Elles ont également de l’importance parce que des actions symboliques de solidarité provenant de sociétés éduquées importent, à la fois en elles mêmes mais aussi en lien avec des actions similaires de solidarité émanant d’associations religieuses, de municipalités, de syndicats etc. à travers le monde.

Dès à présent, l’accumulation de ces actions de solidarité a fait croître la conscience internationale à propos des droits des Palestiniens plus que tout autre mouvement. Pendant ses dix ans d’existence, BDS a ouvert un espace au débat à ce sujet comme aucun autre mouvement avant lui.

Le régime israélien et l’administration Trump le savent bien et ont pris l’engagement de détruire BDS qui représente un véritable danger pour le statu quo.

Enfin, l’université est un terrain performant où les idées sont éprouvées, les hypothèses questionnées et les habitudes de pensée provoquées, et où les organisations et les universitaires qui ont adopté le boycott manifestent leur volonté de le faire en ce qui concerne la Palestine, à l’inverse de leurs pendants plus anciens, plus traditionnels et largement blancs.

Composées de minorités, d’universitaires plus jeunes et de progressistes, ces organisations exploitent entièrement le pouvoir de l’université de mettre au défi le statu quo, surtout lorsqu’il s’agit d’injustice et de privilèges. Elles ne sont ni découragées ni surprises par les votes négatifs tels ceux de l’ALM.

Elles comprennent que, comme l’indique la Convention des Droits Sociaux, Economiques et Culturels, le droit à l’éducation débouche sur d’autres droits fondamentaux : « L’éducation sera orientée vers le plein développement de la personnalité humaine et le sens de sa dignité et renforcera le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. »

Aussi, lorsque des organisation universitaires telles que celles mentionnées répondent à l’appel des Palestiniens pour leurs droits, elles reconnaissent précisément le lien essentiel qui existe entre le droit à l’éducation et aux droits de l’Homme et le droit de participer à la construction d’un monde social et politique en général.

Ce sont elles qui sont l’espoir de la libération.

David Palumbo-Liu est le titulaire de la chaire Louise Hewlett Nixon à l’université de Stanford.

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