En une volte-face, les responsables des universités israéliennes décident d’admettre l’université d’une colonie au sein de leur organisme commun

| Or Kashti pour Haaretz | Traduction BP pour l’AURDIP |

Après une controverse de près de dix ans, l’Association des directeurs d’université reconnaît l’Université d’Ariel, université située dans une colonie de peuplement, en Cisjordanie.


Après une lutte de près de dix ans et un recours auprès de la Haute Cour de justice, l’association des directeurs d’université d’Israël a décidé d’admettre l’Université d’Ariel dans ses rangs.

L’une des principales raisons de cette décision est la crainte qu’ont ces directeurs d’université de fortes pressions de la part du prochain ministre de l’Éducation, qui viendra très probablement de la droite. S’ils atttendaient jusque-là, leur décision serait alors considérée comme une capitulation de leur part, ont-ils déclaré.

« Nous sommes sur le point d’être contraints d’accepter Ariel suite au recours devant la Haute Cour », dit un président d’université. « Il nous fallait décider, ou être dispersés ou la faire entrer. Nous avons préféré en prendre l’initiative plutôt que d’attendre le prochain ministre ou d’attendre un verdict du tribunal ».

Selon des sources informées, la décision devrait être approuvée sans opposition lors de la prochaine réunion de l’association, dans deux semaines.

Jusqu’à présent, l’association s’était opposée à l’acceptation de l’université de Cisjordanie dans ses rangs et, ces dernières années, la question était devenue source d’une tension constante entre les directeurs d’université et les ministres de droite, lesquels exerçaient une forte pression en faveur de l’Université d’Ariel.

L’association, qui se compose de sept présidents d’université et de l’Université ouverte comme observateur, est un organisme bénévole. Elle représente les universités devant les ministères, le Conseil de l’Enseignement supérieur, le Comité de planification et de financement, et d’autres instances. Comme elle n’est pas officielle, les ministres de droite, comme Naftali Bennett et Zeev Elkin, n’ont pu la forcer à admettre l’Université d’Ariel, ce à quoi ils tiennent pour des raisons politiques.

La lutte a comporté des menaces ouvertes comme d’arrêter de coopérer avec l’association, et des menaces voilées concernant des questions qui sont importantes pour les universités.

Un haut responsable d’université a déclaré à Haaretz que « la lutte contre Ariel est la guerre d’avant. Nous nous sommes battus et nous avons perdu. Même si je suis convaincu qu’elle est née dans le péché et qu’il y a des doutes quant à sa qualité académique, il est difficile de continuer à s’y opposer sur une base juridique ».

L’un de ses collègues dit que la décision en cours d’élaboration semble également découler du désir de « ne pas remettre un prix au prochain ministre de l’Éducation ».

À cet égard, les membres de l’association citent la décision de la Haute Cour de justice de jeudi. Le tribunal autorise le ministre de l’Éducation, Yoav Gallant, à examiner si un recours signé par le professeur Oded Goldreidh de l’Institut Weismann, qui appelait l’Union européenne à ne pas coopérer avec l’Université d’Ariel, pouvait le priver du Prix Israël de mathématiques et d’informatique.

Une autre source déclare que tant que le statut d’université d’Ariel était « basé sur la décision du Conseil de l’Enseignement supérieur de Judée et Samarie, qui a été ratifiée par le Commandement central de l’armée, il n’y avait aucune justification à l’accepter au sein de l’association ».

Cependant, elle ajoute que la situation avait fondamentalement changé après que le Conseil de l’Enseignement supérieur de Judée et Samarie avait été supprimé en février 2018, quand la Knesset a voté pour mettre l’Université Ariel sous le contrôle du même organisme d’accréditation que les autres collèges et universités israéliens. « Officiellement, Ariel est une université israélienne, et nous ne pouvons rien y faire » dit la source.

Un autre responsable d’ajouter : « Nous nous attendions à cela soulève un tollé international. Et il ne s’est pas produit ».

La principale implication à accepter Ariel dans l’association, c’est que ses décisions ne seront probablement plus unanimes, dit la source.

D’autres responsables ont violemment critiqué la décision et le moment où elle a été prise. Le professeur Nir Gov de l’Institut Weizmann a déclaré qu’au cours des deux ou trois dernières années, les anciens directeurs d’université, qui « ont fait l’expérience de première main du processus déplorable où les ministres de l’Éducation du gouvernement Likoud qui avaient fait tout ce qu’ils pouvaient pour améliorer le statut d’Ariel, avaient été remplacés. La nouvelle génération la traite comme une université israélienne pour faire valoir ce que de droit. Ariel est le symbole le plus clair de la politisation de l’enseignement supérieur. Que les présidents y adhèrent est un signe de honte. Pour des raisons pragmatiques, les présidents ont décidé de mettre leurs valeurs aux oubliettes et de marcher droit avec le pouvoir en place et ses exigences ».

Gov a déclaré qu’il n’était pas certain que les conseils universitaires s’opposeront à la décision même si « la plupart des professeurs pensent qu’ils le devraient. Le gouvernement a réussi à leur inculquer une crainte d’exprimer cette opinion ».

Une autre source affirme que si l’association veut renoncer à ses principes, elle devrait le faire dans le cadre de négociations, et pas pour rien. « Il n’y a aucune raison de croire que le prochain ministre se contentera de cette mesure. Il tentera aussi de prouver qu’il a soumis l’Université » dit-elle.

Au cours de la dernière décennie, de nombreuses confrontations ont eu lieu entre l’association et l’Université d’Ariel. En 2012, des directeurs d’universités avaient adressé un recours contre la décision, prise par le Conseil de l’Enseignement supérieur de Judée-Samarie et promue par le ministre de l’Éducation Gideon Sa’ar, de transformer le collège d’Ariel en une université. Selon le recours, de graves lacunes étaient commises dans les trois principales considérations – académiques, prévisionnelles et budgétaires – pour reconnaître ce collège comme une université.

La Haute Cour a rejeté le recours, déclarant que même après la reconnaissance, le Conseil de l’Enseignement supérieur de Judée et Samarie aurait toujours à consulter le Comité de planification et budgétisation.

Mais l’obligation de consulter le Comité a progressivement perdu son sens après qu’elle est devenue un nouvel outil du jeu politique.