Destruction de la Jérusalem palestinienne, une institution après l’autre

| Yara Hawari pour Al-Shabaka | Traduction P.L. pour l’AURDIP |

En résumé : L’état israélien a cherché activement à détruire la Jérusalem palestinienne depuis sa création en 1948. Yara Hawari, chargée de recherche senior en politique palestinienne d’Al-Shabaka, examine les attaques de juillet 2020 contre trois institutions culturelles palestiniennes de Jérusalem Est, comme faisant partie [de la politique] de destruction systématique de l’identité palestinienne de la ville par le régime israélien. Elle propose des recommandations politiques de protection des institutions culturelles et politiques palestiniennes de Jérusalem.


Le 22 juillet 2020, la police israélienne a envahi et pillé le Conservatoire national de musique Edward Saïd, le Centre culturel Yaboos et le Réseau culturel Shafaq à Jérusalem-Est. Leurs bureaux ont été mis à sac, des documents et des dossiers ont été saisis, des ordinateurs, des ordinateurs portables et des téléphones ont été confisqués. Les trois directeurs, Suhail Khoury, Rania Elias et Daoud Ghoul, ont été arrêtés et emmenés de leurs domiciles, qui ont également été fouillés. Khoury et Elias ont été détenus pendant une journée en Israël, tandis que Ghoul a passé deux semaines en prison et a été interrogé à la prison de Moskobiye. La plupart des médias locaux et internationaux ont rapporté qu’ils avaient été arrêtés parce qu’ils étaient soupçonnés de financer le terrorisme, une accusation couramment portée par le régime israélien contre les activistes palestiniens.

Cette attaque contre les institutions culturelles de Jérusalem-Est n’est pas un phénomène nouveau. Elle reproduit, en effet, un schéma d’attaques continuelles depuis des décennies contre la présence palestinienne dans la ville. En mai 2018, le contrôle israélien sur la ville s’est encore renforcé avec le déménagement de l’ambassade des États Unis de Tel Aviv à Jérusalem, mettant en évidence une détérioration de la situation des Palestiniens dans la ville. Elle va de pair avec une recrudescence des actions des acteurs étatiques et quasi-étatiques israéliens visant la société civile palestinienne, tant en Cisjordanie et à Gaza qu’à l’intérieur de la ligne verte. Cette note d’analyse politique examine les récentes attaques contre les institutions palestiniennes à Jérusalem-Est dans le contexte plus large de la répression exercée par Israël contre la société civile palestinienne, et propose des recommandations pour faire reculer la destruction de la Jérusalem palestinienne.

Détruire la Jérusalem palestinienne

Jérusalem a toujours joué un rôle essentiel pour modeler l’identité palestinienne, tout au long de l’histoire de la Palestine. Bien que son importance stratégique et économique, avant 1948, ait été moindre que celle des villes côtières palestiniennes, telles Jaffa et Haïfa, elle n’en a pas moins toujours joui d’une importance sociale, politique et culturelle significative pour les Palestiniens. Comme l’explique Rashid Khalidi, les “ écoles, journaux, clubs et personnalités politiques de Jérusalem avaient une influence dans toute la Palestine avant même que les frontières du pays sous mandat britannique ne soient établies après la Première Guerre mondiale.“ [1]

Après l’occupation britannique de la Palestine en 1917 et l’établissement officiel du mandat en 1922, Jérusalem est devenue un lieu de mobilisation politique contre l’administration coloniale britannique et le colonialisme de peuplement sioniste. En particulier, la mise en oeuvre par la Grande-Bretagne de la déclaration Balfour de 1917, qui promettait de faciliter l’établissement d’un « foyer national » juif en Palestine, allant de pair avec l’appropriation de terres et une immigration juive continue en Palestine, a poussé les Palestiniens à protester en grand nombre dans toute la ville de Jérusalem. Pendant ces premières années de l’administration britannique, la ville est également devenue un foyer d’organisation politique pour les femmes. En 1929, le premier Congrès des femmes arabes s’est réuni à Jérusalem, a donné naissance au premier Comité exécutif des femmes arabes, marquant ainsi le début d’un mouvement des femmes palestiniennes organisé et politique.

Jérusalem a servi de capitale politique et administrative au gouvernement britannique de Palestine pendant les trois décennies de l’administration britannique et elle a joué un rôle déterminant menant à la guerre israélo-arabe de 1948. En effet, le plan de partage des Nations Unies de 1947, en total accord avec la tendance coloniale de division des terres, proposait la partition de la Palestine entre un État juif et un État arabe, Jérusalem (et Bethléem) formant un corpus separatum – une ville internationale ne relevant ni de la souveraineté juive ni de la souveraineté arabe. Les Palestiniens ont rejeté cette tentative coloniale de diviser la Palestine historique en tant que moyen d’affirmer une domination étrangère sur Jérusalem.

Le nettoyage ethnique de la Palestine était donc déjà en cours quand l’État israélien a été créé en 1948. Cette année-là, les forces sionistes ont conquis ce qui est devenu Jérusalem Ouest, y compris les quartiers palestiniens prospères de Talbiyya, Qatamon et Baq’a, où vivaient 60,000 Palestiniens. La plupart d’entre eux ont été expulsés de la zone, certains fuyant vers les quartiers est de la ville. Aucun n’a été autorisé à revenir. Le tracé des lignes d’armistice de 1949 a divisé Jérusalem en deux parties : Jérusalem Ouest sous contrôle israélien et Jérusalem Est sous contrôle jordanien, occultant ainsi l’identité palestinienne de la ville.

Depuis la guerre des six jours de 1967, Israël occupe illégalement Jérusalem Est, la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Golan syrien. Suite à la guerre, Israël a également annexé de facto et de jure l’ensemble de Jérusalem. L’Ordonnance sur le Droit et l’Administration de 1967 a étendu à Jérusalem Est les dispositions du droit et de l’administration israéliens. Le statut de jure de cette ville a été confirmé en 1980, quand le régime israélien l’a officialisé en adoptant la Loi de Jérusalem. Presque immédiatement, le régime israélien a fermé la municipalité palestinienne de Jérusalem Est, en la fusionnant avec la municipalité israélienne de Jérusalem Ouest. En outre, des règlements d’urgence ont été imposés à toutes les zones occupées, rendant illégales la plupart des organisations politiques palestiniennes et leurs filiales.

Le gouvernement israélien a accordé aux Palestiniens de Jérusalem le statut de “résidents permanents“ plutôt que la citoyenneté, faisant d’eux des apatrides. Cela a permis au régime israélien de leur refuser leurs pleins droits, y compris le droit de vote, tout en les obligeant à payer des impôts. De plus, le régime israélien révoque fréquemment le statut de “résident permanent“, déjà précaire, des Palestiniens qui choisissent de vivre en dehors de la ville et, dans certains cas, de ceux qui s’engagent dans une activité politique. Depuis 1967, le régime israélien a révoqué quelque 14 000 permis de résidence à des Palestiniens, les laissant à la fois apatrides et sans abri.

La planification urbaine est aussi un mécanisme clé utilisé par les autorités israéliennes pour effacer les Palestiniens de Jérusalem, notamment dans le but explicite de maintenir une majorité démographique juive dans la ville. Cela inclut l’assignation des Palestiniens à certains quartiers, le refus de leur accorder des permis de construire, la démolition de leurs maisons et la fourniture de ressources et de services inadéquats aux quartiers palestiniens. La construction du mur de séparation en 2002 a aussi participé concrètement à cette tentative de rendre insupportable la vie des Palestiniens dans la ville. Le mur a été construit sous le prétexte de la sécurité israélienne et serpente à travers toute la Cisjordanie. À Jérusalem, il traverse des quartiers palestiniens auparavant contigus et, dans certains cas, les sépare complètement les uns des autres. Il coupe une grande partie de Jérusalem Est de la Cisjordanie, obligeant les Palestiniens à un périple difficile à travers les points de contrôle s’ils veulent le franchir. Tout cela, et bien plus encore, équivaut à une politique orchestrée et systématique visant à faire partir le plus grand nombre possible de Palestiniens de Jérusalem et à maintenir ceux qui restent dans des enclaves urbaines étroitement contrôlées.

Perturber la vie culturelle et politique de la Jérusalem palestinienne

En plus des politiques systémiques qui rendent la vie incroyablement difficile aux Palestiniens à Jérusalem, Israël a aussi systématiquement perturbé la vie culturelle et politique palestinienne dans la ville. Après l’occupation de Jérusalem Est en 1967 et son annexion ultérieure, l’activité culturelle et politique palestinienne a subi une intense répression de la part du régime israélien. L’application des Règlements d’urgence concernant la Défense, introduits pour la première fois par le Mandat britannique en 1945, a permis au régime israélien de généraliser la censure et la répression. Des livres ont été interdits et tous les mots considérés comme signifiants, tels que filastin (Palestine), sumud (résistance) et awda (retour), ont été supprimés des programmes, des livres, des émissions de radio et des pièces de théâtre. A propos des années qui ont suivi l’occupation de 1967, Slimane Mansour, un des fondateurs de la Ligue des artistes palestiniens, a noté que les Palestiniens “vivaient dans une sorte de ghetto culturel, isolés des évolutions culturelles. Les déplacements étaient difficiles. De nombreux artistes étaient interdits de voyages. Les artistes étaient souvent arrêtés et leurs œuvres confisquées […] C’était une tentative de tuer tout esprit créatif et artistique des Palestiniens.“

Pour de nombreux Palestiniens, la culture était inévitablement liée au politique, notamment parce que leur existence même était considérée comme un acte politique par le régime israélien. En conséquence, de nombreux espaces culturels ont également servi d’espaces d’organisation politique, en particulier du fait de l’interdiction des institutions politiques palestiniennes imposée militairement par Israël. La seule exception [à ces mesures] était la Maison d’Orient, située dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, une institution qui a servi d’unique représentation politique palestinienne dans la ville et de centre de recherche et d’archivage de l’histoire palestinienne.

La Maison d’Orient, construite en 1897, était la résidence de l’éminente famille Husseini. Après 1948, le bâtiment a eu des fonctions plus publiques, abritant à la fois une maison d’hôtes et des espaces de bureaux. Après 1967, les étages supérieurs ont été convertis en bureaux pour l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). En 1983, l’ensemble du bâtiment a été loué par l’Association d’Etudes Arabes, financée par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui a effectué des travaux de recherches d’archivage, et a créé une bibliothèque. Pendant cette période, la Maison d’Orient a joué un rôle important dans la renaissance de la conscience nationale palestinienne, tant et si bien que pendant la première Intifada, elle a été fermée pendant trois ans. Quelques années plus tard, pendant la conférence de paix de Madrid de 1991, la délégation palestinienne a été hébergée à la Maison d’Orient et, tout au long des années 1990, des diplomates internationaux y ont été fréquemment accueillis. A partir de là, le bâtiment est devenu un symbole du “sumud“ palestinien dans la ville.

Le 10 août 2001, la Maison d’Orient a fait l’objet d’un raid et d’un pillage des forces israéliennes qui ont volé des documents et des archives et fermé les bureaux de l’institution. Cette pratique n’était pas nouvelle, ni à Jérusalem ni ailleurs. En effet, les forces armées israéliennes ont fréquemment effectué des raids et pillé des institutions palestiniennes, depuis des bibliothèques privées et publiques à Jérusalem Ouest en 1948, jusqu’au Centre de recherche palestinien à Beyrouth en 1982. Pourtant, la fermeture de la Maison d’Orient en 2001 a revêtu une signification particulière, car elle avait été reconnue par toutes les parties prenantes du processus des Accords d’Oslo comme le siège de l’OLP, ainsi que Jérusalem Est comme la capitale légitime d’un futur État palestinien. Elle annonçait une nouvelle ère de déclin de la présence politique palestinienne dans la ville. Depuis lors, le régime israélien a continué à empêcher les institutions politiques palestiniennes d’opérer à Jérusalem.

Les institutions culturelles palestiniennes ont également été confrontées à de fréquentes attaques et au bouclage. Par exemple, le Théâtre national palestinien, Al-Hakawati, établi à Jérusalem en 1984, a constamment lutté contre la censure et les menaces de fermeture. Ses activités ont été interrompues pas moins de 35 fois depuis son ouverture, y compris en 2008, lorsque le théâtre a essayé d’organiser un festival anticipant sur le choix de Jérusalem comme capitale arabe de la culture pour 2009. En 2015, le théâtre a lancé un appel public, à la suite de menaces de l’Autorité israélienne chargée de l’application de la loi et du recouvrement [Israeli Law Enforcement and Collection Authority], qui a non seulement gelé le compte bancaire du théâtre, mais également menacé de saisir le bâtiment, sous le prétexte que le théâtre avait accumulé d’énormes dettes envers la municipalité, la compagnie d’électricité et l’agence nationale d’assurance, sans mentionner l’illégalité de la présence de ces autorités à Jérusalem Est. À ce jour, le théâtre est toujours menacé de fermeture .

Depuis 2000, le régime israélien a fermé plus de 42 institutions palestiniennes à Jérusalem Est sous divers prétextes, allant de l’affiliation politique “illégale“ à des factures impayées. La loi “anti-terroriste“ adoptée par la Knesset en 2016 est à l’origine d’une répression encore plus étendue des institutions et des organisations de la société civile palestiniennes. La loi intègre les dispositions des règlements d’urgence et, comme l’explique l’ONG de défense des droits humains Adalah, elle est “conçue pour accentuer la répression de la lutte des citoyens palestiniens d’Israël [ainsi que ceux de Jérusalem Est] et de la poursuite de leurs activités politiques en faveur des Palestiniens vivant sous occupation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza“. La loi permet l’utilisation généralisée par l’État de “preuves secrètes“ dans la poursuite de contrevenants, ce qui augment leur difficulté à répondre de manière adéquate aux accusations. En outre, la loi élargit le champ des “activités terroristes“ en y incluant “l’expression publique de soutien ou d’empathie pour les organisations terroristes“. En d’autres termes, quand les partis politiques palestiniens sont considérés comme des organisations terroristes par le régime israélien, l’expression politique palestinienne est effectivement censurée.

Une nouvelle attaque coordonnée

D’une part, les attaques susmentionnées contre le conservatoire national de musique Edward Saïd, le centre culturel Yaboos et le réseau culturel Shafaq font partie intégrante de la perturbation continue de la vie culturelle et politique palestinienne à Jérusalem par le régime israélien. D’autre part, elles constituent des efforts nouveaux et coordonnés visant à diffamer et à détruire les organisations de la société civile palestinienne et de défense des droits humains, en particulier celles qui bénéficient d’un financement international. Ces efforts sont menés principalement par l’ONG Monitor, une organisation israélienne qui, bien que se proclamant non gouvernementale, est affiliée au gouvernement qui coordonne son travail de diffamation avec le ministère israélien des Affaires stratégiques. Depuis 2015, ce ministère est dirigé par Gilad Erdan, un homme politique qui tente depuis longtemps de limiter la liberté d’expression des Palestiniens, et qui mène une guerre totale contre le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et ses partisans, [pour laquelle il] a reçu des millions de dollars en coordination avec le Mossad, les services secrets israéliens.

L’ONG Monitor était, à ses débuts, une organisation marginale dont les rapports, superficiels et erronés, n’étaient pas pris au sérieux. Une grande partie de son activité consistait en une traque diffamatoire des défenseurs des droits humains, comme dans le cas d’Omar Shakir, le directeur de Human Rights Watch en Palestine, qui a finalement été expulsé du pays en 2019, après une longue bataille judiciaire qui a eu un retentissement international. Cependant, depuis au moins 2015, son travail est devenu plus agressif et coordonné, avec pour principal objectif le retrait des financements internationaux aux organisations palestiniennes, les obligeant ainsi à fermer. L’ONG Monitor réalise cet objectif en se concentrant sur deux tactiques principales pour attaquer les organisations et les individus palestiniens.

La première consiste à les accuser de soutenir ou de travailler avec BDS. Elle s’inscrit dans le cadre des efforts croissants visant à criminaliser BDS en Europe et aux États Unis, en dépit des divers organes juridiques, telle la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui ne cessent de réaffirmer la légalité des boycotts en tant que forme d’expression politique. La deuxième tactique consiste à accuser des organisations ou des individus « d’affiliation terroriste » ou de « financement du terrorisme ». Pourtant, selon un rapport du Israeli Policy Working Group [Groupe de travail sur la politique israélienne] (groupe d’universitaires, de journalistes et d’anciens diplomates israéliens travaillant à une solution à deux États), bien que l’ONG Monitor ait constamment et de façon répétée formulé cette allégation contre les organisations palestiniennes, elle n’a, à ce jour, fourni aucune preuve de la participation d’une seule organisation à des activités terroristes ou à la violence. En effet, le même rapport du Israeli Policy Working Group, sous-titré “Diffamer les organisations de défense des droits humains qui critiquent l’occupation israélienne“, a passé en revue les publications de l’ONG Monitor et a déclaré que

“ les méthodes qu’elle emploie sont très éloignées des enquêtes approfondies menées par les organisations de défense des droits humains et de la société civile qu’elle attaque. Ses publications apparaissent comme largement fondées sur des enquêtes partielles sur Internet et répercutant les affirmations de sources israéliennes officielles. En outre, elle concentre sélectivement ses publications sur la réfutation des observations et des conclusions publiées par les organisations ciblées.“

En d’autres termes, les accusations de l’ONG Monitor sont infondées, étayées par des recherches peu nombreuses faibles et calomnieuses. Pourtant, il est assez surprenant que de nombreux membres de la communauté internationale tiennent désormais compte des accusations de cette organisation, ce qui a eu pour effet de paralyser la société civile palestinienne. En effet, le climat créé par cette campagne croissante de diffamation a conduit au resserrement des financements et, dans certains cas, à leur amputation, voire à leur retrait total. Récemment, par exemple, l’UE a notifié au réseau des ONG palestiniennes (PNGO) qu’elle allait mettre en œuvre une clause qui interdit à tous ses partenaires de traiter avec quiconque figurant sur la liste des sanctions de l’UE. Certains craignent que cela entraîne l’obligation de soumettre le personnel, les contractants et les bénéficiaires de l’aide à une enquête approfondie, préalable aux financements. Cette liste de sanctions comprend les personnes sanctionnées ainsi que les organisations et les individus considérés comme terroristes. La plupart des partis politiques palestiniens, dont le Hamas et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), figurent sur la liste. Bien que la liste ne concerne pas les individus, cela pourrait changer à l’avenir avec la pression croissante d’Israël et d’organisations telles que l’ONG Monitor.

Il est problématique non seulement qu’une grande partie de la communauté internationale considère la plupart des partis politiques palestiniens, à l’exception notable du Fatah, comme des organisations terroristes, mais aussi qu’elle succombe souvent à la définition large et imprécise de « l’affiliation » retenue par le régime israélien. Depuis 1967, 800,000 Palestiniens ont été incarcérés par le régime militaire israélien en Cisjordanie et à Gaza, soit 20 % de la population totale de ce territoire occupé. Nombre de ces Palestiniens sont jugés et inculpés par les tribunaux militaires israéliens qui maintiennent un taux de culpabilité de 99% sur la base de « l’affiliation ». Israël est en mesure de punir les Palestiniens pour toute activité politique par le biais de ses ordres militaires justifiés par des raisons de sécurité. En vertu de ces ordres, Israël a interdit les manifestations ou les réunions politiques de plus de dix personnes ainsi que la diffusion d’articles ou d’illustrations politiques. Israël accuse également les Palestiniens « d’affiliation » à des groupes politiques qu’il considère comme des organisations terroristes. Donc, le fait de partager une publication sur un réseau social ou même de servir une tasse de café à un membre d’une organisation déclarée illégale peut être qualifié “d’affiliation“.

L’accusation initialement portée contre les trois institutions culturelles de Jérusalem Est était “évasion et fraude fiscales“, mais il est apparu plus tard que leurs responsables étaient également détenus sous l’accusation de financement d’organisations terroristes. Sur ce point, il est clair que l’ONG Monitor a joué un rôle du fait de ses rapports diffamatoires incessants à l’encontre de ces organisations. Bien que les trois directeurs aient été libérés depuis, ils restent visés par ces accusations. De plus, ils sont également stigmatisés par l’accusation de soutien à des organisations terroristes, ce qui peut avoir des répercussions préjudiciables dans un environnement de financement international déjà en baisse et conditionnel, et de restrictions croissantes de la part du régime israélien.

Recommandations politiques

Face au défi et à l’inquiétude suscités par cette situation, voici quelques suggestions pour faire reculer la destruction des institutions culturelles et politiques palestiniennes à Jérusalem :

  • Les Palestiniens, tant dans la diaspora que dans la Palestine historique, doivent souligner l’importance de maintenir les institutions et les organisations palestiniennes dans la ville. Cela devrait inclure un soutien financier ainsi que des efforts de solidarité substantiels et continus.
  • Les Palestiniens de Cisjordanie doivent s’opposer à l’affaiblissement de [l’image de] Jérusalem en tant que capitale palestinienne du fait de l’Autorité Palestinienne qui a donné la priorité aux investissements à Ramallah en tant que centre administratif de la Palestine. Ils doivent rejeter activement le narratif faisant de Ramallah une pseudo-capitale palestinienne.
  • Les acteurs des pays tiers doivent apporter un soutien public et inconditionnel aux institutions et organisations palestiniennes à Jérusalem, en particulier à celles qui sont attaquées par le régime israélien, comme un acte de résistance face à l’impuissance, et dans certains cas à la complicité, de la communauté internationale, pour contrecarrer l’enracinement du contrôle israélien sur Jérusalem.
  • Les acteurs des pays tiers devraient également reconnaître et souligner l’importance d’une représentation palestinienne politique dans la ville. À cet égard, ils devraient soutenir le rétablissement de la Maison d’Orient comme siège de cette représentation, comme l’a fait l’EU en 2014, et exercer une pression politique en ce sens.
  • Les acteurs des pays tiers et les organisations internationales ne devraient utiliser ni l’ONG Monitor ni le ministère israélien des affaires stratégiques comme sources légitimes d’information sur les Palestiniens ou les organisations palestiniennes. En outre, ils devraient reconnaître publiquement l’ONG Monitor comme une arme de l’État israélien, obéissant à un agenda particulier visant à diaboliser et à criminaliser la société civile palestinienne.
  • La communauté internationale doit rejeter les accusations d’activités terroristes et “d’affiliation“ politique proférées par le régime israélien, comme illégitimes et infondées, d’autant plus que la définition de “l’affiliation“ est laissée délibérément assez large pour permettre de viser tout Palestinien.

Yara Hawari est chargée de recherche senior en politique palestinienne d’Al-Shabaka, le réseau d’analyse politique palestinien. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l’université d’Exeter, où elle a enseigné divers cours de premier cycle et continue d’être chercheuse honoraire. En plus de son travail académique qui s’est concentré sur les études indigènes et l’histoire orale, elle publie des commentaires politiques et écrit pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera English.

[1Rashid Khalidi, Identité palestinienne : The Construction of Modern National Consciousness (New York : Columbia University Press, 2009), 33