Des pays européens dénoncent la démolition imminente d’un village bédouin de Cisjordanie : ‘Nous allons prendre des mesures’

| Noa Landau et Yotam Berger pour Haaretz |Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |News

Le Coordinateur Spécial de l’ONU pour le Moyen Orient, Nikolay Mladenov, condamne Israël, disant dans un tweet que ‘ces actions sapent la solution à deux Etats’. Un émissaire britannique en Israël relaie la protestation auprès du Conseiller à la Sécurité Nationale israélienne Meir Ben Shabbat.

Des pays européens unissent leurs forces pour empêcher la démolition de la communauté bédouine de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, a dit mercredi au Parlement le ministre d’État britannique pour le Moyen Orient, Alistair Burt.

La France et l’Irlande ont depuis toutes deux fait écho à l’opposition de la Grande Bretagne dans une déclaration similaire de la part de leurs ministères des Affaires étrangères. On s’attend à ce que d’autres pays européens expriment leurs inquiétudes.

L’ONU a elle aussi exprimé sa consternation devant les récentes actions d’Israël. Le bureau du Coordinateur Spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen Orient a envoyé un tweet comme quoi l’émissaire « condamne les destructions à Abu Nuwar et celle en préparation à Khan Al Ahmar ». « Israël devrait arrêter ce genre d’actions et de projets pour reloger les communautés bédouines en Cisjordanie occupée », dit le tweet. « Ces actions sont contraires au droit international et sapent la solution à deux Etats. »

La Grande Bretagne a fait remarquer qu’elle redisait au gouvernement israélien son inquiétude concernant les démolitions prévues, fait qu’Alistair Burt a mentionné dans une réponse à une question au Parlement du député travailliste Richard Burden.

« Ce matin, des responsables de notre ambassade à Tel Aviv et de notre consulat général à Jérusalem sont allés à Khan al-Ahmar pour exprimer notre intérêt et le soutien de la communauté internationale à cette communauté », a dit Burt. « En accord avec notre très ancienne politique, nous condamnons donc cette mesure, qui porterait ainsi un coup très grave aux projets pour une solution à deux Etats avec Jérusalem comma capitale partagée. »

Il a révélé que l’ambassadeur britannique avait protesté lundi à ce sujet auprès du Conseiller israélien à la Sécurité Nationale Meir Ben Shabbat. « Ceci ne devrait pas se faire et n’a pas besoin de se faire », a ajouté Burt.

D’autres députés ont rejoint la discussion. Alors que certains s’exprimaient en tant qu’amis d’Israël inquiets du manque de progrès dans le processus de paix avec les Palestiniens, d’autres demandaient à la Grande Bretagne de reconnaître immédiatement et unilatéralement un Etat palestinien, en réaction à l’évacuation de Khan al-Ahmar et à ce qu’ils appellent le refus du Premier ministre Benjamin Netanyahu de se soumettre au droit international.

Un communiqué semblable, émis par la porte-parole du ministère français des Affaires Etrangères,Agnès Von Der Mühll, a dénoncé cette action comme se faisant à l’encontre du droit humanitaire international et a dit que cette démolition rend les conditions de vie déjà précaires des résidents de ces villages encore plus difficiles.

« Par ailleurs, ces villages sont situés dans une zone essentielle pour la continuité d’un futur Etat palestinien et donc pour la viabilité de la solution à deux Etats, qui a été minée aujourd’hui par les décisions des autorités israéliennes », a dit le communiqué.

La France a exhorté les autorités israéliennes à « s’abstenir de toutes mesures visant à étendre les colonies [israéliennes] dans les Territoires Occupés ou à les pérenniser, à l’encontre du droit international, comme le réaffirme la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. En conjonction avec ses partenaires européens, la France gardera un œil attentif sur cette question ».

L’Irlande s’est jointe elle aussi à la condamnation du projet israélien de démolir ce village, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, disant mercredi soir qu’il était «extrêmement inquiet devant la menace imminente sur la communauté bédouine de Khan al-Ahmar ».

« L’éviction des familles et la démolition de leurs logements est une action qui a une forte résonance historique en Irlande et qui porte le discrédit sur Israël », a ajouté Coveney.

Coveney a dit que « l’Irlande a expliqué clairement ces points aux représentants israéliens… J’ai fait aussi connaître au Premier ministre d’Israël le point de vue de l’Irlande sur les colonies ». Il a ajouté que, à la lumière de ses précédentes déclarations, il trouvait « profondément décevant qu’Israël ait néanmoins procédé à cette action répréhensible ».

En Israël, le président de la Liste Unie, le député Ayman Odeh, a qualifié la démolition prévue de « crime de guerre qui allait laisser des familles entières sans toit sur leurs têtes. Des gens, déjà chassés deux fois par l’État, se battent maintenant pour leur maison et pour leur école, ce qui leur donne de l’espoir ».

C’est non seulement une injustice humaine, mais une manoeuvre politique du gouvernement pour découper et démanteler les installations arabes en zone C et pour étendre les blocs de colonies israéliennes, « tuant ainsi toute chance pour un Etat palestinien et pour la paix ».

Onze personnes ont été arrêtées après avoir jeté des pierres mercredi à Khan al-Ahmar, selon le Croissant Rouge, des dizaines de Palestiniens ont été blessés. Quatre ont été transportés à l’hôpital et trois officiers de police ont été légèrement blessés, dont l’un a reçu des soins médicaux sur place.

Mardi soir, des représentants de l’Administration Civile d’Israël ont suspendu des avis autour de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, avertissant les habitants du village de leur expulsion imminente. Mercredi matin, il y avait des bulldozers sur place et des accrochages ont éclaté.

On perçoit l’expulsion de plusieurs dizaines de familles bédouines de Khan al-Ahmar comme permettant la future expansion de la colonie de Kfar Adumim.

Les avis annonçant l’éviction imminente ne fournissent pas de calendrier sûr à propos de l’intervention par les autorités, bien que des sources de la Défense aient dit à Haaretz qu’elle pouvait se faire dans les semaines, ou même les jours à venir.

En attendant, la zone qui entoure Khan al-Ahmar a été fermée au grand public jusqu’à la fin juillet. L’administration civile projette de construire une route jusque là en vue de l’éviction.Les travaux sont supposés démarrer dans quelques jours et l’éviction ne peut commencer tant que la route n’est pas prête.

Les résidents sont supposés déménager à Al Jabel, village proche de la décharge publique d’Abu Dis que l’État a attribué pour l’installation permanente des villageois.

Au début de la semaine, les responsables de l’Administration Civile, accompagnés de policiers, ont pris des mesures à Khan al-Ahmar et on dit qu’ils ont compté les troupeaux de moutons comme faisant partie de leur stricte inspection.

Le village abrite plusieurs dizaines de familles de Bédouins du clan de Jahalin, qui y ont déménagé après leur expulsion du Negev dans les années 1950. Ils ont alors construit leurs maisons à Khan al-Ahmar sur une terre propriété de l’État. Bien que, en théorie, leurs maisons auraient pu être légalisées rétroactivement, l’État a refusé de suivre cette route et leur a fait une autre proposition de logements dans le village voisin d’Al Jabel.

Le 24 mai, après une longue campagne juridique, les juges de la Cour Suprême, Noam Sohlberg, Anat Baron et Yael Willner, ont autorisé l’État à démolir les maisons du village.

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