De jeunes militants juifs furieux devant le soutien de la fédération de San Francisco à la liste noire de l’association Mission Canary

| Allison Kaplan Sommer pour Haaretz |Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |Actualités

L’establishment juif révèle son vrai visage, disent les militants, après qu’on ait appris que la fédération avait donné 100.000 dollars au site internet controversé qui fournit des informations sur les étudiants et professionnels qui critiquent Israël.

Pour les jeunes militants qui accusent l’establishment dominant juif américain de travailler activement à museler la critique d’Israël, la révélation mercredi qu’une très importante donation versée par la Fédération de San Francisco de la Communauté Juive à la brumeuse liste noire de l’association Mission Canary représente un moment « je vous l’avais bien dit ».

« Cela donne une idée de jusqu’où ira l’establishment juif américain pour réduire au silence la contestation de l’occupation », a dit Sarah Brammer-Shlay, dirigeante de l’association juive anti-occupation « Si ce n’est maintenant » (IfNotNow).

Brammer-Shlay, étudiante rabbinique de 27 ans qui a eu un bras fracturé dans la dispersion violente d’une manifestation l’année dernière en Israël à l’occasion de la Journée de Jérusalem, a dit que cette nouvelle a montré « de plus en plus clairement que les positions pro-occupation de l’establishment juif américain sont en contradiction profonde avec les valeurs de ma génération ».

A la suite de la révélation par Forward du don de 100.000 dollars de la part de la Fondation de la Famille d’Helen Diller (« fondation de soutien » de la Fédération de San Francisco), la fédération a émis mercredi un communiqué disant que le don de 2016 avait été « une subvention exceptionnelle » pour la Mission Canary et qu’elle ne le renouvellerait pas à l’avenir.

Un communiqué officiel de « Si ce n’est maintenant » a dit que ce don représentait « une preuve de plus dans la liste sans cesse grandissante des moyens par lesquels l’establishment juif américain soutient activement l’occupation ». Il appelait « tout administrateur de Hillel [et] tout PDG de fédération » à « prendre ici une décision : Condamner la Mission Canary et s’engager à ne jamais la soutenir, financièrement ou par tout autre moyen ».

La Mission Canary a été critiquée auparavant par quantité d’associations étudiantes pour sa tactique agressive. Son site internet dit qu’elle traque et donne des informations sur « les gens ou les associations qui promeuvent la haine des Etats Unis, d’Israël et des Juifs sur les campus des collèges nord-américains ».

Alors qu’elle disait qu’elle « n’était pas bouleversée » par la nouvelle de la donation, le membre fondateur de « Si ce n’est maintenant » Simone Zimmerman a dit à Haaretz que « ça fait mal ».

Au mois d’août, Zimmerman a été arrêtée au passage de la frontière égyptienne de Taba vers Israël et interrogée par le service de sécurité du Shin Bet – faisant partie d’une vague d’arrestations de citoyens étrangers, juifs et non-juifs, dont on pense que ce sont des militants de gauche.

Dans certains de ces cas, les détenus ont raconté que leurs interrogateurs ont fait référence à des informations obtenues sur le site de la Mission Canary.

L’establishment juif, a dit Zimmerman, « révèle son vrai visage en finançant » à la fois « des programmes de formation de jeunes au rôle de dirigeants, tout en soutenant secrètement une activité comme la Mission Canary qui harcèle les jeunes qui osent critiquer la politique du gouvernement israélien – leur faisant risquer de perdre des emplois et d’être interdits en Israël. Quel genre d’engagement envers la nouvelle génération cela représente-t-il ? Cela empeste l’hypocrisie et la trahison », a-t-elle dit.

Zimmerman a ajouté que la discrétion qui entoure cette donation, qui a été révélée par le rapport d’enquête dans The Forward, « met en lumière leur désespoir. Ils savent à quel point c’est immoral et fait mauvaise impression. Ils savent que si nous savions qu’ils le soutenaient, nous nous sentirions écoeurés et trahis. Aussi, au lieu de chercher activement pourquoi des jeunes gens critiquent Israël, ils cherchent secrètement à nous réduire au silence par la terreur et la honte ».

Sarah Anne Minkin, Maître de conférences à l’université de San Francisco et militante politique, a dit qu’elle était profondément mal à l’aise en apprenant que la Fédération de S.F. avait eu un rôle déterminant dans la livraison d’une somme aussi substantielle à la Mission Canary et que cette donation « salirait le nom de la Fondation Diller, mais aussi de la fédération ».

« Cela me perturbe beaucoup que l’institution centrale juive de San Francisco – celle qui prétend organiser et galvaniser les ressources des Juifs de ma communauté – fasse cela, a-t-elle dit. « Tout cela fait partie d’un effort pour brouiller ce qui distingue le militantisme de solidarité avec les Palestiniens et les actions anti-juives, antisémites. »

Dans la communauté juive, et de San Francisco et nationale, la Fondation Diller est surtout connue pour son programme Diller pour Adolescents qui a débuté en 1998 à San Francisco et a développé des branches à travers le pays. Il comprend maintenant 32 communautés qui participent dans le monde entier et revendique plus de 3.400 diplômés.

Ce programme est une expérience de 15 mois pour les lycéens et, contrairement à Birthright Israel [Droit de naissance Israël], se vend comme travaillant plus en profondeur, avec formation au rôle de dirigeant et aux activités bénévoles dans les communautés locales des Etats Unis. Il se conclut par une expérience de trois semaines en Israël, en mettant l’accent sur une interaction avec les « villes jumelles » de leurs communautés, qui les reçoivent et sont reçus par leurs homologues israéliens.

Abraham Zuraw, maintenant étudiant de première année à Amherst College, a participé en 2016 au programme Diller pour Adolescents en tant que lycéen à Chicago et a dit qu’il n’avait « jamais imaginé qu’il pouvait y avoir la moindre connexion entre la Fondation Diller et la Mission Canary ».

Zuraw a dit que, bien que « rien de remarquable » ne se soit passé, son impression – comme celle de certains autres participants – fut que le programme était aussi « tolérant, pluraliste et réfléchi qu’annoncé », mais qu’il présentait un récit unilatéral et décourageait tout débat sur la politique israélienne.

« Il n’y avait pas de véritable endoctrinement, mais j’attendais un peu plus de pensée critique et de discussion sur les événements actuels », a dit Zuraw. « J’en suis sorti en peu désappointé. Beaucoup d’entre nous auraient vraiment souhaité parler de la Cisjordanie et de la politique en Israël. A Chicago, beaucoup d’entre nous s’intéressent à la direction de la politique israélienne et voulaient soulever cette question – et ils n’étaient pas vraiment préparés, capables ou disposés à tenir ces conversations. »

Il s’est souvenu que son groupe avait rendu visite à une communauté rurale israélienne qui avait subi un intense tir de roquettes pendant la guerre de Gaza de l’été 2014 et avait échangé sur cette expérience avec leurs homologues israéliens. « J’ai essayé de savoir s’ils pouvaient peut-être mettre en avant les civils palestiniens de Gaza qui avaient été frappés par des tirs de roquettes. Le directeur est brusquement intervenu et a dit : « Ce n’est pas le sujet – nous parlons des expériences vécues par les gens qui vivent dans le moshav. »

Globalement, a-t-il dit, alors qu’il n’y avait aucune « influence ouvertement de droite », Zuraw a senti « qu’il y avait un évitement… Ils voulaient que nous repartions avec un message positif sur Israël et sur la politique israélienne, et un intérêt à nous tenir loin des questions qui pousseraient les membres à changer leur regard. Ils ont beaucoup insisté pour dire que les Membres de Diller deviendraient les défenseurs d’Israël en arrivant à l’université ».

Le rabbin Jill Jacobs, directrice générale de T’ruah : l’Appel Rabbinique aux Droits de l’Homme, a dit que, si le but de la fondation était d’améliorer l’atmosphère sur le campus des collèges à propos d’Israël et de combattre le mouvement boycott, désinvestissement et sanctions, soutenir la Mission Canary était une façon plus que malencontreuse d’y parvenir.

« C’est complètement contre-productif », a-t-elle dit. « Des groupes comme la Mission Canary ne font que renforcer l’idée populaire à gauche qu’il y a une conspiration sioniste déterminée à faire taire les voix de gauche. Cela a un effet négatif, l’effet inverse… Si les fondateurs de la Mission Canary pensent que, d’une façon ou d’une autre, intimider les étudiants pro-palestiniens va faire naître amour et soutien pour Israël, c’est exactement le contraire – cela provoque le soutien au boycott d’Israël. »

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