Aujourd’hui plus que jamais : solidarité

|David Palumbo-Liu |Tribunes

Je suis très honoré d’avoir été invité à rédiger l’éditorial de cette édition de la newsletter de l’AURDIP. Le moment où j’écris est un moment de crise, où ce que nous traversons peut être qualifié de grande tragédie. C’est un de ces moments qui plus que jamais exige de nous que nous nous montrions solidaires entre nous, comme individus et comme organisations, et que nous répondions à l’appel à la solidarité que nous lancent les Palestiniens. Cette réponse doit relever à la fois de la pensée et de l’action.

Je m’exprime seulement quelques jours après l’horrible meurtre d’un bébé de 18 mois, Ali Dawabshe, brûlé vif en pleine nuit par de lâches assassins qui ont mis le feu à sa maison, en pleine nuit, alors que le bébé et la famille dormaient. Quel était leur crime ? Tout simplement de vivre sur leur terre, une terre que les colons juifs veulent s’approprier en totalité. La simple présence de Palestiniens sur une terre qu’Israël souhaite annexer entièrement et de façon permanente, est un affront pour ces colons.

L’empressement immédiat à qualifier ces colons de frange radicale, la condamnation de cet acte par Netanyahu et par d’autres, pourrait être pris comme le signe d’un restant de moralité et de décence à l’intérieur de l’appareil d’état israélien. Mais à mes yeux, ces déclarations ont un relent de manœuvre politicienne. Attirer notre regard vers ces actions extrémistes visant à terroriser la population palestinienne, permet aussi en même temps de le détourner du terrorisme d’État qu’exerce de façon continue l’État d’Israël envers les Palestiniens. Du reste la seule mesure que Netanyahu ait prise jusqu’ à présent en direction des colons « extrémistes » dont on s’étonne que le Shinbet ne connaisse pas les noms, a consisté à menacer de les placer en détention administrative (mesure qui à ce jour n’a été appliquée qu’à un seul individu). Il fait ainsi d’une pierre deux coups : il évite les révélations toujours possibles à l’occasion d’un procès public, et il légitime une procédure contraire au droit international, mais largement appliquée à l’encontre des Palestiniens.

Les images d’expulsion, de meurtres, d’appropriation de la terre, de destruction de maisons que nous voyons aujourd’hui ne sont tout simplement que les manifestations les plus récentes d’une histoire qui a débuté en 1947 et qui a trouvé son expression formelle dans la Nakba de 1948. Pour le dire simplement, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, n’est pas la conséquence logique de la Nakba. C’est le signe qu’à tous égards, la logique de la Nakba n’a jamais pris fin.

Il se peut que Netanyahu pourchasse les meurtriers, mais il continuera à construire des colonies, et ainsi à maintenir l’état d’esprit et la pratique de mettre les Palestiniens à la porte de leurs propres maisons et de détruire leurs vies. Telle est la double pensée à la Orwell qu’il nous demande de gober. La légitimité de l’occupation ne sera jamais contestée. Seules le seront les moments où sa logique brutale est désagréablement exposée à la vue du monde.

Il y a en Israël des signes de profond mécontentement. De plus en plus de juifs israéliens, en viennent finalement à percevoir les terribles conséquences du projet sioniste, non seulement parce qu’il aboutit à de tels actes de violence, mais aussi parce que cette politique d’agression et de négation des droits, draine les ressources de l’État, au détriment de la protection sociale, des emplois, de l’éducation et de la santé. Ils sont également préoccupés de la montée du racisme et de la haine, contre les Palestiniens, contre les gays, contre les demandeurs d’asile africains, au nom de quelque chose qui relève d’un suprématisme juif, comme il y a eu un suprématisme blanc en Afrique du Sud.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons constituer, maintenir et renforcer nos liens de solidarité avec les autres organisations du monde, avec les Israéliens dissidents qui expriment courageusement leur engagement en faveur des principes de BDS, et bien sûr, en tout premier lieu, avec les Palestiniens.

Je suis très heureux que mon organisation, l’USACBI (US Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel) ait récemment établi des liens formels avec l’AURDI, le BRICUP et beaucoup d’autres organisations, et nous sommes impatients de partager avec vous ressources et informations.

C’est pourquoi je vous invite à visiter notre site web que nous venons d’actualiser.

David Palumbo-Liu
Professor, Stanford University
Organizing Collective, USACBI

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