15 Palestiniens tués, des dizaines de blessés lors du rassemblement de milliers de personnes à la frontière entre Gaza et Israël pour la « Marche du Retour »

| Jack Khoury, Yaniv Kubovich et Almog Ben Zikri pour Haaretz |Traduction SM pour l’AURDIP |Actualités

EN DIRECT : Les Forces de défense d’Israël (FDI) tirent à balles réelles lors d’une manifestation de 30 000 Palestiniens dans la bande de Gaza pour la Marche du Retour "■ Échange de coups de feu entre des soldats et deux Palestiniens à la frontière ■ Les FDI s’attendent à ce que les manifestations durent des semaines ■ 27 Palestiniens blessés lors de manifestations parallèles en Cisjordanie

Environ 30 000 Palestiniens se sont rassemblés en différents lieux de la bande de Gaza ce vendredi (30 mars) lors de la "Marche du Retour", une série de manifestations de masse le long de la frontière entre Israël et Gaza. Au moins 15 Palestiniens ont été tués, et des dizaines blessés, dans des affrontements avec des soldats israéliens qui ont duré plusieurs heures, après qu’un certain nombre de manifestants eurent jeté des pierres et des bombes incendiaires dans la direction de soldats stationnés le long de la clôture.

Lors d’un incident distinct, l’armée israélienne a échangé des coups de feu avec deux Palestiniens armés qui se sont approchés de la clôture et ont ouvert le feu sur des soldats israéliens. Les FDI ont riposté en tirant sur trois positions du Hamas à partir de chars et d’avions de chasse.

L’armée israélienne a déclaré que le secteur frontalier était une zone militaire fermée, s’efforçant de disperser les manifestations au moyen de balles réelles et d’autres méthodes de lutte antiémeute. L’armée a également ouvert le feu sur des positions du Hamas et du Jihad islamique dans la bande de Gaza.

Selon le ministère palestinien de la Santé, 1 416 personnes ont été blessées : 758 par des balles réelles, 148 par des balles recouvertes de caoutchouc, 422 du fait de l’inhalation de gaz lacrymogène et 88 par d’autres causes. Des responsables palestiniens ont indiqué qu’une personne avait été tuée et 237 blessées à Rafah ; il y a eu quatre morts et 345 blessés dans le sud de la bande de Gaza, cinq morts et 286 blessés dans le nord de la bande de Gaza, deux morts et 197 blessés dans le centre de la bande de Gaza, enfin, trois morts et 351 blessés à Khan Yunis.

La "Marche du Retour" est liée à la Journée de la Terre, que les Palestiniens du monde entier commémorent depuis que les forces de sécurité israéliennes, en 1976, ont abattu six Arabes israéliens qui protestaient contre l’expropriation de terres arabes dans le nord d’Israël en vue d’y installer des localités juives. Lors de la manifestation qui avait eu lieu le 30 mars de cette année-là, il y avait eu une centaine de blessés et plusieurs centaines d’arrestations.

Soutenus par le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, des Palestiniens ont mis sur pied plusieurs camps de tentes qui abritent des milliers de personnes près de la frontière entre Israël et Gaza. Des milliers de Palestiniens vont mener une protestation prolongée en campant près de la clôture jusqu’à la journée de la Nakba à la mi-mai, une manifestation ayant lieu tous les vendredis.

Ronen Manelis, porte-parole principal des FDI, a indiqué que l’événement n’était pas terminé, en ajoutant cette précision : "ils ont l’intention de continuer au cours des heures, des jours et des semaines à venir."

Selon Manelis, l’armée a fait preuve de discernement lors de son utilisation de balles réelles. Il a précisé que tous les morts palestiniens étaient des hommes âgés de 18 à 30 ans. Plusieurs de ces hommes, a-t-il souligné, se réclamaient du Hamas, et l’un d’eux était considéré comme un personnage central de l’organisation.

Gadi Eisenkot, chef d’état-major des FDI, est dans le sud d’Israël pour suivre la situation sur le terrain, tandis que presque 900 Palestiniens ont manifesté aujourd’hui (30 mars) en différents lieux de Cisjordanie de manière parallèle à la marche de Gaza. Les manifestations, contre lesquelles l’armée israélienne a eu recours à des mesures antiémeute, ont eu lieu pour la plupart dans des villes du centre de la Cisjordanie, notamment Ramallah et Hébron. Cependant, les FDI ont indiqué que des manifestations s’étaient déroulées ailleurs en Cisjordanie. Selon le Croissant rouge, 27 Palestiniens ont été blessés lors d’affrontements près de Naplouse.

Le général de division Eyal Zamir, chef du Commandement pour la zone Sud, a déclaré que le Hamas essayait de mener des attaques sous le couvert de manifestations, et a poursuivi en ces termes : "Nous recommandons aux civils de ne pas s’approcher [de la clôture], et prévenons le Hamas qu’il est responsable de tout ce qui se passera dans la bande de Gaza et de toutes les conséquences."

L’Égypte, la Jordanie et la Ligue arabe ont condamné Israël, estimant qu’une force excessive avait été utilisée contre les manifestants. Le comité d’organisation de la marche a demandé aux Nations unies et à la Ligue arabe de mettre sur pied une commission d’enquête internationale chargée d’enquêter sur le recours allégué d’Israël à une force excessive contre les manifestants palestiniens. Il a ajouté que les manifestations se poursuivraient samedi à la mémoire de ceux qui ont été tués vendredi.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé que samedi serait un jour de deuil dans les territoires palestiniens. Il considère qu’Israël est pleinement responsable de ces morts, a-t-il ajouté, demandant aux Nations unies d’assurer la protection des Palestiniens.

Les victimes palestiniennes identifiées au moment de la rédaction de cet article, selon le ministère palestinien de la Santé et les médias locaux, sont les suivantes : Mahmoud Saudi Rachmi, 33 ans, tué par balles dans l’est de la bande de Gaza ; Jihad Faranh, 34 ans, tué dans l’est de la bande de Gaza ; Mohammed Kamal al-Nagar, 25 ans, tué à Jabalia ; Mahmoud Abu Maomar, 27 ans, tué lors d’affrontements à Rafah ; Iyad Abed Al-el ; Ahmed Ibrahim Odeh, 19 ans, tué par balles dans le nord de la bande de Gaza ; Abed al-Qader al-Khawajri, 42 ans, et Abdullah Abu Hajir, 25 ans.

Haaretz rapporte que le Hamas a envoyé vers la clôture une fillette de sept ans. Selon l’Unité du porte-parole des FDI, l’armée a veillé à ce qu’elle soit renvoyée à ses parents en toute sécurité.

Le bureau du porte-parole des FDI a fait la déclaration suivante : "Les FDI ont déployé des troupes importantes par anticipation et sont prêtes à agir en fonction de divers scénarios. Nous n’admettrons aucune violation de la souveraineté d’Israël ni aucune attaque des infrastructures de défense de la clôture."

Avant les manifestations, Omar Wahid Samur, agriculteur palestinien âgé de 27 ans, a été tué par un tir de char israélien tôt dans la matinée de vendredi (30 mars) près de la ville de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza. Au même moment, une autre personne a été grièvement blessée par un obus tiré par un char israélien, selon des médias contrôlés par le Hamas. Lors d’un incident distinct, encore plus tôt ce même vendredi matin, l’armée israélienne a tiré sur deux suspects dans le nord de la bande de Gaza, selon les FDI.

Le chef du Hamas Ismail Haniyeh s’est adressé aux participants à la marche dans l’est de la bande de Gaza. “Le peuple palestinien a prouvé à maintes reprises qu’il peut prendre l’initiative et faire de grandes choses. Cette marche est le début du retour à toute la Palestine.”

Il n’y aura pas de compromis, a déclaré Haniyeh, et il n’existe pas de solution au conflit israélo-palestinien sans retour sur “la terre entière de Palestine.”
“Cette marche envoie le message suivant : le peuple palestinien est uni contre l’occupation, contre le blocus, contre les concessions, contre les accords suspects”, a ajouté Haniyeh.

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a écrit en arabe aux résidents de Gaza sur son compte Twitter vendredi matin (30 mars) avant les manifestations de masse à Gaza.

"La direction du Hamas joue avec vos vies. Quiconque s’approche aujourd’hui de la clôture [frontalière] se met en danger. Je vous suggère de continuer votre vie quotidienne et de ne pas participer à une provocation", a mis en garde Lieberman.

Au cours de ces derniers jours, les FDI ont prévenu qu’elles ouvriraient le feu sur quiconque essaierait de franchir la clôture frontalière et d’entrer en Israël. Les FDI ont fait venir une brigade, des snipers et des soldats de différents lieux, pour aider les effectifs locaux à faire face à la manifestation de vendredi. Les snipers ont pour consigne de tirer sur les manifestants qui franchissent la clôture.

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